Depuis plusieurs mois les violences obstétricales occupent le devant de la scène périnatale. Les femmes parlent, les équipes s’interrogent. A la demande de Marlène Schiappa, le Haut Conseil à l’Egalité doit rendre un rapport sur le sujet. En octobre dernier nous animions une table-ronde organisée à l’occasion des entretiens des sages-femmes 2017 au Palais des Congrès de Paris. Voici un article publié le mois dernier dans la revue de Médecine Périnatale et que ses deux auteures, Françoise Molénat, pédopsychiatre à Montpellier, à l’initiative de l’entretien prénatal précoce, et Amina Yamgnane, chef de service de la maternité de l’hôpital américain à Neuilly-sur-Seine, nous ont autorisés à reproduire.

La première des violences – qui s’ignore – réside dans l’absence d’un vrai dialogue qui permettrait d’approcher la sensibilité de chaque femme, future mère d’un nouvel enfant, là où elle en est.
L’anamnèse obstétricale, telle qu’elle s’apprend sur les bancs de Faculté, vient cruellement en montrer les limites. Le professionnel pose des questions orientées, qui permettent de dépister les femmes et les bébés à risque médical. Il peut poser ces questions avec sécurité parce que l’avancée de la science et de la technique en obstétrique donne réponse à tout ou presque, et pour le meilleur. Les chiffres sur la santé physique des femmes et des bébés en témoignent avec force.

De la difficulté d’évoquer la violence obstétricale avant qu’elle ne survienne

En ce début de XXIème siècle, un nouveau défi se présente à nous, professionnels : l’enfant naît dans un écosystème régi aussi par des théories en matière de sécurité émotionnelle, de lien à l’enfant, et d’attachement. Cette réalité a émergé récemment et les connaissances scientifiques, opposables, quantifiables, sont formelles bien que balbutiantes. Cet interrogatoire-là est une autre paire de manche pour les professionnels d’abord : comment poser des questions qui touchent à l’intime sans se définir comme intrusif ? Que faire avec les constats fréquemment posés : les certitudes béates, la croyance dans la toute-puissance de la Nature, ou au contraire l’absence totale de confiance, la carence affective, l’immaturité, la toxicomanie, la violence conjugale, la dépression… Pire : est-il raisonnable de faire émerger ces difficultés sans disposer d’aucun moyen pour y répondre ? (…)