En France, les médecins à qui nous avons parlé de l’intervention la classent fermement dans le grimoire des techniques fantaisistes et donc oubliées de la science médicale. « C’est une méthode barbare » lâche le docteur Paul Cesbron, sociétaire de la Société d’histoire de la naissance et ancien chef du service obstétrique de Centre hospitalier de Creil. « Ca fait terriblement mal », s’écrie Danielle Gaudry, obstétricienne tout juste retraitée qui a vu des femmes souffrir de symphyses rompues spontanément pendant le travail.

Tentée pour la première fois en France au 18e siècle, la symphyséotomie a toujours suscité la controverse. Grâce à elle Jean-Jacques Sigault connaîtra la gloire : sa patiente, l’« épouse Souchet », est présentée devant les pontes de l’obstétrique parisienne. Vivante, ce qui est assez rare à l’époque où les chirurgies se concluent souvent par des infections massives. Mais la patiente est lourdement handicapée… Un rival de Sigault, le réputé Jean-Louis Baudeloque, grand promoteur de la césarienne en profite pour le discréditer auprès de ses pairs. La pratique n’en sera pas abandonnée pour autant…

Ce n’est qu’à la fin du 19e siècle avec le développement de l’asepsie que les césariennes deviennent plus sûres et que la symphyséotomie entame sa disparition en Europe. Elle devient si profondément impopulaire que même le docteur Alex Spain, celui-là même qui réintroduit la symphyséotomie en Irlande reconnaît qu’il a tout le poids de la communauté médicale anglophone contre lui. Un médecin britannique qualifiera la pratique irlandaise de « sage-femmerie des temps obscurs ».