Après la parution d’un livre réquisitoire contre notre système de protection de l’enfance, Michèle Créoff, vice-présidente du Conseil National de la Protection de l’Enfance et la journaliste Catherine Laborde, ont publié le 20 octobre dernier une tribune dans le Journal du Dimanche pour susciter des engagements politiques sur le sujet des violences intrafamiliales. Nous revenons avec Michèle Créoff sur ses constats et les raisons de cette vigoureuse prise de parole. 

Pourquoi utilisez-vous le terme de « déni » et comment expliquer cette difficulté à appréhender la question de la maltraitance ?

Michèle Créoff. Le déni est idéologique car il provient du croisement de plusieurs idéologies avec pour résultat que les décideurs politiques n’ont pas envie de parler du phénomène, d’en faire un objet politique, d’analyser les causes. L’exemple le plus parlant est la loi de 2007 qui fait disparaître le terme de maltraitance. On ne nomme plus, on ne voit pas ce qu’on voit. En France on a toujours placé cette question sur le plan de l’idéologie (être pour ou contre les familles), plutôt que d’y voir une question de santé publique. Les principaux apports sur le sujet depuis 35 ans viennent de la médecine. On a par exemple bien avancé sur le syndrome du bébé secoué grâce à l’imagerie médicale. Les neurosciences améliorent nos connaissances sur les effets de la maltraitance. Tout ce qui permet d’objectiver les données est venu de la santé. (…)