Le 10 octobre dernier le colloque organisé par Zoeki a réuni quatre intervenants sur le thème « Accompagner l’enfant dans son développement : la place du jeu et de la motricité ». Voici notre compte-rendu. Au programme, 4 conférences (Emmanuel Devouche/Sophie Marinopoulos/Véronique Schrive/Isabelle Gambet-Drago)

 

En préambule, la psychologue et psychanalyste Sophie Marinopoulos, modératrice de la journée mais aussi intervenante, prévient:
« On va parler d’éveil plus que de stimulation. On ne cherche pas à faire agir l’enfant à tout prix. On va parler de la juste distance dans le lien parents-enfants, on va parler du temps juste, de la capacité à faire seul, d’émerveillement ».

1ère conférence: Des tous premiers échanges aux premiers jeux : un accompagnement de tous les instants ?

Le premier intervenant, Emmanuel Devouche, est universitaire, spécialiste de la communication précoce mère-enfant et du développement de l’intelligence sociale. Il n’est donc pas clinicien mais, en tant que père de cinq enfants, estime posséder une certaine expérience de terrain. Il l’assure : le jeu est possible très tôt.

A la naissance, le bébé n’est pas une page blanche

Dès la naissance, le tout petit a déjà des connaissances, des expériences. Et il est difficile de concevoir le bébé indépendamment de ses parents.
« Le bébé c’est avant tout des parents. Cette période est faite de bouleversements et d’adaptation de la part des parents. » Ces derniers apportent leur culture, l’état mental, ils évoluent dans un milieu socio-économique donné. Ces éléments ont un impact important sur les interactions précoces. Ils dessinent ce qui est spécifique à chaque bébé. Le bébé s’enracine du point de vue de son développement affectif, social et cognitif.
« Quand il arrive, à la naissance, il a déjà vécu quelque chose et il véhicule les attentes parentales », précise Emmanuel Devouche.
A la naissance, les cinq sens sont déjà fonctionnels (même si la vue est un peu immature, voir à ce sujet notre vidéo sur les compétences du nouveau-né). Ils se sont développés ensemble, ils ont appris à fonctionner ensemble. Le monde du bébé, dès la période foetale est multi-sensoriel. Conséquence : dans le jeu on peut passer d’un sens à un autre. Ce qui crée du plaisir partagé.

De multiples compétences dès la naissance

Emmanuel Devouche insiste : dès le départ il existe des différences inter individuelles très importantes d’un bébé à un autre. L’état d’éveil va varier. Or les échanges ne se font que dans état d’éveil favorable. Cet état est au départ très court. Il peut être compliqué dans les premiers temps de saisir l’état d’éveil le plus propice et d’éviter de passer d’un état d’éveil calme à état d’éveil agité. Certains bébés sont très éveillés dès la naissance, pour d’autres ça prend plusieurs semaines. Chaque bébé va à son rythme. Pour entrer en contact avec un tout petit, il faut qu’il arrive à réguler tout ce qui se passe à intérieur, toutes ses sensations.
Le chercheur propose ensuite un récapitulatif des connaissances qui font aujourd’hui consensus (vous les retrouvez pour la plupart dans notre vidéo) :
– le nouveau né possède de nombreuses compétences cognitives et sociales :
– il existe une orientation préférentielle vers l’adulte qui parle
– Il reconnaît le regard qui lui est adressé
– Il préfère la voix maternelle
– Il est sensible au rythme
– Il est sensible à la contingence (association d’événements)
– Il est capable d’imiter
– Il est capable de vocaliser
– Il est capable d’avoir des bases de conversation

Le bébé, un être social dès le début de la vie

« Le bébé a tout ce qu’il faut pour pouvoir échanger, entrer en contact avec son environnement » résume Emmanuel Devouche. «Je pense que le bébé est social dès la naissance, c’est un être social avant tout. Dans cette histoire il n’y a pas que le bébé. Il y a un partenaire, la maman, le papa, tout le milieu social. Il y a un espace qui réunit les deux partenaires. Cet espace de rencontre doit permettre aux deux partenaires de parvenir à se comprendre. Cet espace est l’espace de jeu. Il doit correspondre aux deux partenaires. »
Emmanuel Devouche rappelle quelques règles. Ce cadre social doit être compréhensible par le bébé, cohérent (on ne doit pas changer les règles tout le temps), il doit être stable. Cet espace est co-construit, sans cesse co-régulé et renégocié. « Le bébé évolue, nous aussi. Donc on renégocie en permanence cet espace. Le bébé a de plus en plus besoin d’être alimenté.»
Pour le chercheur, la maman est le partenaire privilégié dès le départ mais on peut être totalement étranger à la famille et construire quelque chose. C’est dans cet espace qu’ont lieu les routines interactives, chansons à gestes, comptines, jeux de doigts. Ces rituels ludiques sont les bases du jeu.

Adapter le jeu au développement de l’enfant

Emmanuel Devouche rappelle que la vitesse du développement est très rapide au début, les acquisitions très rapides et nombreuses, le bébé investit beaucoup de domaines à la fois. « Accompagner l’enfant dans son développement c’est accompagner le développement dans le plaisir du jeu ». Le jeu aide à grandir mais compétences acquises génèrent des jeux différents. Il faut tenir compte de l’amélioration des capacités attentionnelles. Il faut être à l’écoute de ce dont est capable le bébé et lui offrir ce dont il est capable. Selon plusieurs critères:
-L’autonomie posturo motrice qui a un impact colossal sur la nature des jeux possibles,
– La coordination manuelle fine
– La capacité à partager son attention
– Le développement émotionnel

Au départ se met en place le dialogue, la connectivité à l’autre (en face à face, on se regarde), puis l’intersubjectivité (dans les 10-12 premières semaines). A un moment donné, l’échange en face à face ne satisfera plus la curiosité du tout petit. Nous, adultes, amenons le monde des objets dans cet espace de rencontre (l’objet entre dans la dyade). Puis apparaît l’attention conjointe, la capacité d’intégrer la perception d’autrui dans le jeu, la référenciation sociale (blagues, taquinerie, espièglerie).
Au fur et à mesure se mettent en place des ajustements avec des échanges bidirectionnels, le bébé devient un véritable acteur de l’échange. Il est sensible à la contingence sociale (il associe l’événement à la perception qu’on s ‘adresse à lui).
L’évolution posturale a évidemment un fort impact sur le jeu avec le maintien de la tête, la coordination, la préhension, la posture assise.

Ajustement et étayage, deux concepts phares

Emmanuel Devouche insiste sur deux concepts.
Le premier : l’ajustement du partenaire. L’adulte s’ajuste à un bébé non expérimenté. Nous devons être cohérents dans notre façon de nous ajuster. Si nous ne sommes pas cohérents, pour le bébé c’est le chaos. Il est capital d’être en accord avec ce que le bébé sait faire.
Le second : l’étayage. Il est nécessaire d’accompagner le développement du bébé. Lui tenir la tête, chanter pour le calmer, être comme un tuteur.
L’étayage prend plusieurs formes. Etre présent, être à côté, c’est déjà de l’étayage. Montrer plusieurs fois, répéter, c’est de l’étayage.
Il faut l’emmener un peu au delà de ce qu’il sait faire mais pas trop, l’aider à se dépasser dans sa zone d’apprentissage, dans sa « zone proximale de développement ». C’est à dire qu’il faut l’amener un peu plus loin mais en lui proposant toujours des choses accessibles.

Quelques exemples de jeux

Emmanuel Devouche analyse ce qui est en jeu dans le jeu de coucou. Il y a une structure simple qui est toujours la même, pose-t-il. Entre trois et cinq mois le bébé est plutôt passif.
Entre cinq et huit mois il devient capable de prédire ce qui va arriver et sourit non plus en réponse mais en anticipation. Entre 8 e t12 mois, il s’approprie le jeu.
Une négociation interactive se met en place, les partenaires s’ajustent aux réactions l’un de l’autre. Ce jeu apprend au bébé à être attentif, il favorise son attention, il organise l’attention du bébé, régule l’émotion par la création d’attentes, stimule la coordination faciale, visuelle, gestuelle.
Pour le chercheur « tout échange spontané simple qui fonctionne, fait rire, on le répète. Ce qu’il faut c’est du plaisir partagé. » De façon très naturelle, se mettent en place des échanges tels que « Manger les pieds du bébé », faire des chatouilles en fermant les boutons du pyjama (c’est long), compter « 1, 2 3 » au moment de soulever un enfant. Ce n’est pas différent du jeu de coucou. En quoi consisterait une recette secrète ?
Il s’agit d’un échange trouvé par hasard qu’on répète par plaisir. Un rituel ludique, un échange avec une structure simple adaptée à l’âge du bébé. La structure ne change pas mais permet la variation. Il existe beaucoup d’opportunités de se greffer sur les scénarios du quotidiens et de rajouter du ludique (change, bain…).

Les chansons à geste

Dans le chant adressé au bébé on trouve des caractéristiques communes. La structure temporelle narrative est la même. Le chant a un début, un développement, et une fin, une amorce et des indices de clôture. On trouve une régularité : il y a du rythme, des rimes, des répétitions, de la surprise.
Pourquoi les chansons à geste fonctionnent-elles bien vers 6 mois ?
A trois mois le bébé regarde les mains. A six mois il regarde les mains et le visage de la mère. A six mois les chansons à gestes aident le bébé à développer la capacité du bébé à partager son attention entre le visage et la main, entre la mère et l’objet. Elles favorisent les prémisses de l’attention conjointe, la capacité à partager jeu avec le partenaire autour d’un autre objet.
Le bébé a envie d’être complice, de partager ce qui se passe, il aime être baigné socialement. Les jeux corporels en face à face ne suffisent plus à satisfaire sa curiosité. On introduit l’objet dans la dyade. Il s’autonomise, il est capable de jouer seul. La possibilité de partager son attention ouvre des possibilités nouvelles pour le jeu.
L’attention conjointe est une acquisition assez fondamentale (pour certains auteurs c’est le début de la théorie de l’esprit). Le bébé est capable de comprendre que le partenaire regarde le même objet. Il a conscience d’un espace visuel partagé.
A l’aide d’une vidéo, Emmanuel Devouche montre comment, à 12 mois, la triangulation est possible. Une petite fille de 12 mois sollicitée par le chercheur est capable d’échanger par le regard avec celui-ci autour d’un jouet puis de regarder ensuite sa mère assise en face, à côté du chercheur. Le plaisir du bébé est très visible.

Sophie Marinopoulos intervient:
« Dans notre jargon de psy, on parle de l’appétence du bébé, de son désir. »

Dans la salle une participante revient sur l’idée que le fœtus serait capable d’apprentissages. « Vos expériences m’ont refait penser au travail de Martine Lamour sur les interactions en triade du bébé ».
Emmanuel Devouche note que « dans la recherche, ce qui est difficile, c’est d’étudier le bébé de notre position de chercheur. » « L’ adultomorphisme est un biais. On essaie aujourd’hui de comprendre comment parents perçoivent le bébé. »
Carole Panayoti Vanhoutte, orthophoniste, prend à son tour la parole.
« La troisième personne qui s’invite dans cet espace de jeu, ce sont les écrans.
Avec l’exposition précoce des enfants aux écrans, on s’interroge sur l’attention conjointe. Ca devient compliqué pour les professionnels. Mais il existe peu d’études sur les tout petits

« Le problème n’est pas nouveau, remarque Emmanuel Devouche. On le voit avec des enfants pas stimulés ou alors seulement avec des objets. Le jeu ne s’apprend pas tout seul. Il faut un feedback avec un adulte. Il n’y a pas d’interaction avec les écrans. »

« Le linquiste Alain Bentolila s’inquiète de l’appauvrissement langagier des enfants. Ils ont de moins en moins de vocabulaire, renchérit Sophie Marinopoulos. On est de plus en plus confronté à des problématiques nouvelles autour du langage. Des enfants qui ne savent pas articuler. »
Des échanges animés suivent au sujet des livres pour les tout petits.

Une participante explique mener un projet sur le livre avec les bébés (moins d’un an).
« Faut-il lire avec le bébé, à côté de lui ou être en face à face avec un groupe ? »

« Les deux sont possibles, répond le chercheur. On peut lire en prenant bébé sur les genoux, c’est une façon de soutenir son attention. Quand on a un enfant en face, ça permet de voir ce que renvoie l’enfant. En individuel, le soir à la maison, le mieux est de l’avoir près de soi et de laisser le bébé toucher l’objet livre. »
Mais dans la salle quelqu’un tique sur le fait de proposer des livres aux enfants de moins d’un an.
« L’essentiel c’est dans la relation, le langage, le corps. Peut-être le livre est-il un médiateur qu’on peut proposer après un an. En général ils le mettent à la bouche. Avec dix enfants de moins d’un an face à un livre, je ne vois pas trop l’intérêt. »
Pour Emmanuel Devouche ça ne fait sens que que si le livre est support de gestuelle et d’expression.

Une EJE dans une crèche associative parentale de la Vienne défend « à 1000% le fait de présenter des livres aux moins d’un an ». Sophie Marinopoulos fait référence au travail de Joëlle Turin (intervenue en clôture d’un précédent colloque de Zoeki) sur le sujet et affirme que le livre est un excellent vecteur d’entrée dans la culture.
Dans la salle Dominique Leyronnas, pédiatre, se dit « enchanté que les chercheurs valident ce que j’observe ».
« Le nouveau né est dans une quête relationnelle intense. J’aime à dire que je suis démonstrateur de bébé. J’initie les parents à la qualité relationnelle du bébé. Le nouveau né qui vocalise, qui discute, l’echolalie, je l’observe régulièrement. Il est très difficile de témoigner de ça car une fois qu’on l’a vu on ne peut pas le filmer ! »

Emmanuel Devouche abonde: « on s’évertue à apporter la preuve que le bébé fait de la conversation. Mais il y a une grosse résistance du milieu scientifique. On n’arrive pas à publier articles. Les revues refusent, les relecteurs ont un parti pris. »

2ème conférence: Je joue, je pense, je grandis, le jeu est essentiel au développement psycho-moteur de l’enfant

Sophie Marinopoulos rappelle de son côté pourquoi jouer est capital pour le développement psycho-moteur de l’enfant.

« Le bébé doit opter pour la vie (citation de Soulé), il doit aller du côté de l’appétence, c’est un sacré boulot, commence-t-elle. Tous les bébés ne sautent pas sur le sein de leur mère avec bonheur. »

Quelques grandes notions : attachement, intersubjectivité, plaisir et déplaisir

L’attachement, d’abord. C’est un ensemble de mécanismes et de processus mis en œuvre pour que le bébé puisse réguler la juste distance. Ni trop près ni trop loin. Il y a à la fois une notion temporelle et spatiale. « Aujourd’hui on voit des dyades mère-enfant complètement collées, agglutinées. J’ai vu une mère qui avait dans le manteau quelque chose qui enveloppait l’enfant (sorte de système de portage intégré à la doublure du manteau). Elle était dans émotions très fortes dès qu’il s’agissait de sortir le bébé. Comme un prolongement du ventre.» Comment le bébé va-t-il prendre appui sur celui qui est à ses côtés pour aller à a découverte de l’environnement ? C’est tout l’enjeu de l’attachement.

Intersubjectivité, ensuite. Il s’agit de la juste distance psychique. Le bébé doit pouvoir sentir qu’il a une existence qui lui est propre. C’est un éprouvé très brut au départ.

Le plaisir et le déplaisir enfin: l’enfant doit apprendre à reconnaître ce qui lui apporte de la satisfaction mais va devoir passer par la posture de l’attente. Il va devoir passer par le déplaisir (c’est la question du manque en psychanalyse). « Ne courez pas pour donner le biberon. Dites « j’arrive ». Pendant ce temps il va suçoter, ça ne va pas durer longtemps mais il va éprouver quelque chose en l’absence de l’adulte comme si l’adulte était là en train de le nourrir. Ca vaut de l’or. Il fait une expérience qu’il éprouve dans son corps et seul il est capable de se calmer. » (ndlr : c’est peut-être l’un des points de divergence les plus forts avec l’approche nourrie par les neurosciences, vulgarisée par la pédiatre Catherine Gueguen, selon laquelle l’immaturité neuronale d’un tout petit l’empêche de contrôler ses émotions et de se calmer seul )

Un bébé immature et dépendant

Seuls nous ne pouvons pas nous débrouiller, explique Sophie Marinopoulos. Le bébé doit rencontrer un autre que lui-même pour pouvoir grandir. Il est « néotène » (prématuré même à terme). C’est un être de relations. Dans nos relations il y a de l’affect et donc de la névrose. C’est ce qui fragilise et ce qui nous rend si singuliers.

L’environnement a un impact pose ensuite la psychanalyste. Au 21ème siècle on mesure cet impact. C’est l’épigénétique. Des bébés très singuliers se développent à leur rythme, selon leur environnement et leur appétence.

Pourquoi le bébé joue-t-il ? Il atterrit dans un monde où tout est inconnu.
Il joue pour comprendre monde dans lequel il est. Il doit dépasser ses peurs. Grandir fait peur, on passe sans cesse du connu à l’inconnu. Il doit dépasser ces moments de détresse, et ne peut pas le faire tout seul. Un bébé seul ça n’existe pas.
Comment les jeux peuvent-ils nous aider à comprendre la vie intérieure des bébés ?
Il y a des étapes à passer. « Ce qu’il faut c’est un mouvement, un processus. Dans la tête ça doit être mobile. Le bébé doit apprivoiser ce monde inconnu. Quand il a 2-3 heures, 2-3 jours, 2-3 semaines, tout est nouveau. Un courant d’air c’est nouveau. Le bébé est très sensible aux mouvements, aux lumières. Tout le travail des parents, des professionnels, ceux qui prennent la méta position, c’est d’interpréter pour le bébé. Il ne comprend pas ce qu’on lui dit mais il entend la musique, il reçoit votre souffle, votre corps. »
Sophie Marinopoulos évoque ensuite ce que suscite la sensation de faim chez un bébé. « C’est une détresse abominable. Quand il est nourri on voit comment il va adapter sa succion, la rythmer. Le lait coule à l’intérieur de son corps. Il s’apaise totalement, devient mou, rentre dans les plis de votre propre corps. La première colonne vertébrale d’un bébé est une colonne vertébrale liquide. C’est un moment fondamental, il éprouve de la satisfaction. L’apaisement est un bien être intérieur. Certains bébés ne s’apaisent pas à la fin de la tété. Les bébés rythment et répètent les premières expériences de vie. Ils réclament les mêmes jeux, les mêmes livres. »

Les premiers jeux, dans la bouche

La voix est au cœur du jeu. « Les enfants aiment le corps sonore. Un bébé fait des sons, écoute la résonnance. Le jeu avec la voix le nourrit pleinement. »
Sophie Marinopoulos insiste : « les bébés adorent la surprise et l’humour. » Elle décoche une flèche à l’encontre des écrans : « avec les écrans on rate les moments de rien. Il faut trouver des stratégies pour occuper le bébé, entrer en relation avec lui. »
Pour le bébé, les premiers jeux sont des jeux de bouche.
« Le bébé joue avec la bouche car dans la bouche il y a tout, une langue flexible, il y a du dedans du dehors, du mou du dur du strié du lisse.Il y a un éprouvé intérieur et extérieur. Sa bouche est son premier tapis d’éveil. La bouche est un organisateur. »
Viennent ensuite toutes les activités sensorielles qu’il va éprouver avec son propre corps puis les jeux qu’il va faire avec l’autre. « Ca va alimenter son narcissisme. Plus ça va, plus il va s’engager. Quand le bébé est un peu plus moteur, il a envie d’aller voir dans l’espace qui est devant. »

Des parents moteurs dans la motricité

Pour aller à 4 pattes, il faut être autorisé et encouragé, pose Sophie Marinopoulos. Si une mère n’autorise pas, si elle n’encourage pas son bébé, il n’ira pas. Elle évoque la situation où le bébé glisse des genoux de sa mère et arrive au sol, sa mère admire sa capacité à se dégager et le guide, elle met du corps sonore à la place du corps charnel.
« La mère qui ne peut pas faire ça, elle le récupère, le rassoit sur ses genoux, met ses bras autour. Il faudra un peu l’aider. »
La psychanalyste évoque la crainte des parents que leur enfant ne les aime pas. « On cède car sinon il n’est pas content, il ne veut pas. Parfois l’enfant devient chef de famille très tôt. Parfois les mères ne vont pas aux toilettes seules car « il » ne veut pas. »
Elle revient sur l’activité libre, que les enfants initient. « Vous êtes sûrs de ne pas le devancer, d’aller trop vite par rapport à son développement. Les bébés regardent si vous les regardez. Ils vérifient l’autorisation, qu’ils sont bien accompagnés. C’est le « holding » de Winicott. » C’est pourquoi l’omniprésence du portable inquiète les professionnels. « Il n’est pas rare que les parents téléphonent en venant chercher leur enfant. L’enfant n’a qu’un bout de mère ou un bout de père. Ca rend les retrouvailles difficiles. Tout comme les mères dépressives nous inquiètent car elles sont là physiquement mais pas psychiquement. Le portable traîne des bouts de mères et de pères qui ne sont pas là. »

Quelques exemples de jeux et leur symbolique

L’activité symbolique (elle vient mettre une image là où il n’y a pas l’objet) est importante en période sensible où l’enfant a conscience de l’éloignement.

* Le jeter/ramasser
« A chaque fois que vous ramassez l’objet, vous revenez psychiquement vers l’enfant. Il se sent capable de faire revenir vers lui celui qui s’occupe de lui. C’est le signe très important de son développement psychique. Il jubile, il est rassuré. « Je n’ai pas perdu, je suis très grand. » »

* Le caché coucou
« Il est capable d’avoir une image de vous entière à l’intérieur de lui quand il a les yeux fermés. Il peut rire. Dans le jeté ramassé on ne se perd pas de vue. Dans le caché coucou on se perd de vue. Il a grandi, il peut ne pas voir. Il peut supporter de jouer quelques secondes dans une autre pièce porte ouverte. » Sophie Marinopoulos fait référence à la théorie de la permanence de l’objet.

* Le cache cache 
« Pour le cache-cache, il faut être très grand, on est téméraire, capable de perdre de vue sensoriellement, on peut faire un jeu en dehors de l’adulte référent. Le jeu de cache cache c’est une maturité psychique. Il y a une capacité à tenir l’absence »

Il est intéressant d’observer capacité des enfants sur ces jeux symboliques  qui sont basés sur l’absence, le manque.
« On ne fait pas jouer un enfant à cache cache pour partir sans lui dire prévient Sophie Marinopoulos. On assume la séparation. » Elle avertit aussi contre la surabondance de jouets. « Trop de jouets tuent le jouet, les enfants picorent ».
Petit à petit, l’enfant commence à entrer dans un espace transitionnel, il commence à se raconter des histoires.
Pour conclure, elle reprend un analyse de Geneviève Haag sur les signaux sur lesquels on peut s’appuyer pour estimer que l’enfant est prêt à entrer à l’école.

*Lorsque l’enfant sort de la phase « à moi à moi ». Lors de cette phase, Etre et avoir, c’est pareil. Il faut un peu de maturité pour passer au « je »

*L’arrivée du « oui ». C’est accepter un bout de l’autre.
Quand les enfants commencent à entrer dans le oui, grande étape, ils commencent à être capables de recevoir de l’autre sans être menacé par l’autre.

*le rond : faire des ronds signifie la capacité à fermer ses enveloppes psychiques

Je dis « je », je dis oui, je fais des ronds : je suis prêt à passer à une autre étape. Pour conclure la psychanalyste insiste : « Le jeu est la base des activités qui construisent la santé psychique et relationnelle de l’enfant ».

3ème conférence: Comment accompagner le jeune enfant dans sa motricité pour lui permettre de développer tous ses potentiels?

Travailleuse sociale de formation, consultante en motricité libre, Véronique Schrive propose d’abord une définition de la motricité libre.
Elle rappelle que le concept vient de la pédiatre hongroise Emmi Pikler (1902-1984). Françoise Dolto a amené idée que l’enfant est sujet, Emmi Pikler assure qu’il faut avoir une confiance absolue dans les capacités et ressources du jeune enfant. « L’enfant a tout en lui ».
La motricité libre, assure-t-elle, c’est à la fois très simple et subtil.
Et ce n’est pas le « laisser faire ». « Ca a besoin de se penser, de s’expérimenter et de trouver du sens. Ca ne se décrète pas. Ca doit respirer en vous. C’est dans le quotidien, ça respire avec l’enfant. Il faut être dans confiance absolue dans les capacités de l’enfant. »
Par exemple ? Lorsqu’on demande à l’enfant de rendre un doudou, il faut lui laisser le temps, en pensant que c’est vraiment possible. Le tout petit a vraiment envie de coopérer. Comment être dans une confiance absolue ? “Il faut lâcher la croyance que nous savons mieux que l’enfant comment il doit s’y prendre”. L’expérience est personnelle, unique pour chacun. Véronique Schribe cite Janus Korczack, pédagogue hongrois : «Vous pense qu’il est difficile d’accompagner les enfants parce qu’il faut se courber? Non, c’est difficile car on doit se hisser à leur hauteur ».
« On doit être très prudents dans notre façon de nous ajuster. Il faut des interventions a minima. Accepter d’être un peu en retrait, d’être celui qui sait pas. Se retenir d’être dans l’agir pour servir la compétence de l’enfant.»
Véronique Schrive propose ensuite un exercice de méditation en pleine conscience, invitant les participants à fermer les yeux un bon moment.
« Le sens de la vue nous tire vers l’extérieur, explique-t-elle. Quand on ferme les yeux on se retrouve avec nous mêmes. C’est ce que Thomas d’Ansembourg appelle « S’asseoir à l’intérieur de soi même ».

Aménager l’espace

Selon Véronique Schrive, il est important de penser l’aménagement pour permettre de nourrir tous les besoins de l’enfant (escalader, pousser, tirer, lancer, se blottir). Pour le tout petit, « la motricité c’est sa vie c’est son job, il apprend par ses sensations, par l’éprouvé, le ressenti ». Ca ne peut donc pas être cantonné à des créneaux.
Il faut penser l’aménagement pour que les adultes aient le moins possible à dire « non ». Plus on pense l’aménagement en fonction des besoins de l’enfant, plus l’enfant peut penser à ce qui est bon pour lui. Plus il va développer sa pensée.
Par moment l’enfant s’arrête, va moins vite, développe sa pensée, le goût d’apprendre à apprendre. Il faut s’accorder au temps de l’enfant, dans la motricité et dans la vie en général. « On peut enlever la pendule, ce n’est pas très grave d’être décalé d’un quart d’heure. Quand on va trop vite on transmet à l’enfant qu’il y a des choses plus importantes que lui et pour l’estime de soi ce n’est pas terrible. »

La qualité des soins

« Pourquoi le bébé a-t-il envie de faire son « travail » de bébé ? » interroge Véronique Schrive. « C’est la qualité du temps passé avec l’adulte qui le permet.
Lancer un peu le jeu, lancer l’intérêt du jeu, qu’il se sente toujours en lien. »
L’outil qui permet d’accompagner dans la motricité libre : l’observation.
L’observation nécessite d’être vraiment là, d’avoir toutes ses antennes déployées et en même temps d’être discret, d’être la petite souris qui regarde. Et si les enfants prennent des risques ? S’ils se mettent en danger ?
« Il faut se faire confiance à soi. Plus on fait confiance aux enfants, moins ils se mettent en danger. »
Elle incite à parler à l’enfant, parler petit, à faire des phrases courtes.
« Nous avons la responsabilité de travailler à la qualité d’ambiance de vie ». Et de citer Maria Montessori : « Nous sommes des créateurs de circonstances ».

L’importance du portage psychique

« Anne Marie Fontaine parle de « l’adulte phare ». C’est une qualité de présence,
un soutien fondateur. Comme si vos yeux prolongeaient vos bras. Ca a voir avec qualité de présence en plein conscience. On est obligé d’être vraiment là. »
Certains adultes disent « je suis dans l’observation je ne peux pas bouger », constate-t-elle. Or, on peut être dans l’observation et bouger. La motricité permet à l’enfant d’être dans l’éprouvé de ses sensations. C’est une base importante dans la construction de l’estime de soi et dans l’individuation.
Elle évoque la position de l’enfant allongé au départ sur le tapis, la meilleure des postures. Les postures intermédiaires, de côté, sur le flanc, demi assises, demi debout, sont des postures essentielles pour la marche.
Véronique Schrive incite enfin à faire attention aux encouragements prodigués. Il faut encourager l’enfant, bien sûr, mais avec un « c’est bien » qui veut dire « tu es conforme à ce que j’attends ». « L’enfant n’a pas à être adéquat à nos attentes. Laissons nous juste surprendre par toutes les compétences de l’enfant. »

Une intervenante remarque que les parents ont l’impression que les enfants sont livrés à eux mêmes. Que leur répondre ?

« On propose plutôt une activité librement choisie, répond Véronique Schrive. Il faut insister sur fait que vous avez observé les enfants pour adapter l’environnement à leurs besoins. Dire que vous soutenez par le regard. Faire des retours sur ce que vous observez. Les nouveaux appuis qu’il a pris,comment il s’est hissé, comment il a posé un pied sur l’échelle. L’enfant est génétiquement programmé pour passer de la position allongée, au repoussé du sol puis se mettre assis. Pour se mettre debout, courir, chanter. Il a juste besoin de circonstances permettant des explorations et de nourritures relationnelles pour se sentir bien, en sécurité. »

Une professionnelle de crèche familiale intervient :
Les parents arrivent et disent « à la PMI on nous a dit de le mettre sur le ventre pour éviter plagiocéphalie ». Un papa de culture africaine nous a soutenu que les bébés africains sont plus toniques parce qu’on les masse et qu’on peut les mettre assis plus tôt. »

« Les parents me disent souvent que leur pédiatre a dit le contraire de ce que j’ai dit, répond Véronique Schrive. Ils gardent leur libre arbitre et restent les décideurs. Observons ce qui se passe quand l’enfant est sur le ventre. S’il parvient à prendre des appuis, à se redresser, oui on peut lui proposer le plat ventre. Il faut se méfier des positions très arrêtées. Observons et réajustons. Moi je ne mets pas d’emblée un bébé sur le ventre. Si à 8 mois il ne se met pas sur le ventre, essayons pour voir ce que ça produit. Pour les bébé africains je ne sais pas. Je dirais que ça n’a rien à voir. Si un bébé est prêt à s’asseoir, il s’assoit tout seul. Pas besoin de le faire pour lui. »

Autre question :
« Faut-il s’émerveiller ou être mesuré ? »
Réponse de Véronique Schrive :
« Il faut être dans l’émerveillement. Je parlais d’excès. On a beaucoup dit qu’il fallait gratifier. Il faut beaucoup s’émerveiller, mais pas être dans la gratification à outrance. »
« Il ne pas oublier la confiance accordée aux parents, poursuit une autre professionnelle. Il ne faut pas se croire tout puissants. Quand j’ai fait mes études de puéricultrice, une formatrice disait « il est préférable d’accompagner le parent dans son choix plutôt que lui dire ce n’est pas bien, faites plutôt comme je fais ». »
Puis, quelques éclats de rire quand surgit la question fatidique :
« La grande question en équipe c’est y-t-il un sens ou pas pour le toboggan ? »

« C’est très intéressant de monter par la descente, ce ne sont pas du tout les mêmes sensations, répond Véronique Schrive. C’est aussi très intéressant de monter avec un objet. Qu’est-ce qui fait qu’un enfant ne peut pas monter par la descente ? C’est qu’il y en ait un qui risque de descendre. Et bien on régule, on attend que celui qui descend soit descendu.»
Dominique Leyronnas revient sur l’interrogation concernant les bébés africains :
« C’est vrai, les petits Africains ont des acquisitions toniques plus précoces. Il est courant qu’ils tiennent assis avant 5 mois. »

4ème conférence: La pauvreté motrice, l’observer et l’accompagner

Isabelle Gambet-Drago, Masseur kinésithérapeute, formatrice à l’association Edelweiss, enchaîne avec une présentation sur la « pauvreté motrice »

Les origines de la pauvreté motrice

Elle commence par définir ce qu’est cette pauvreté motrice.
Il peut s’agir d’un problème pathologique : une hémiplégie, un torticolis (positionnels ou vrais torticolis). L’origine peut être physiologique mais fortement impactée par l’environnement et la culture, ou trouver sa source dans un manque de stimulation.
« Dans certaines cultures on ne s’occupe pas de l’enfant. Certains enfants ont un tout petit torticolis, et comme les parents n’accompagnent pas, l’enfant reste de travers. Parfois, il y a des choses qu’on ne peut pas bouger (pour les parents « Dieu l’a voulu »). On ne peut rien faire, ça ne sert à rien de se battre. »
La spécialiste pointe une autre source de difficultés : les outils de puériculture. “Ils sont plus « entravants » les uns que les autres. Moi dans un magasin de puériculture j’enlève tout. Je ne mets rien sur la liste de naissance ( à part la musique, les CD, les livres).”

Les conséquences de la pauvreté motrice :

Elles sont multiples :
– déformations du crâne (le crâne ne s’est pas modelé normalement)
– Surpoids (moins les enfants bougent, plus ils sont « patapouf » et moins ils bougent, on tourne en rond)
– Peu de dextérité corporelle (des enfants qui manquent de gestuelle, qui sont « empotés »). « Les enfants qui n’ont pas fait de quatre pattes, on le voit tout de suite »
– Problèmes scolaires : il est difficile d’intégrer la lettre dans le schéma corporel si on n’est pas bien dans son corps
– Troubles du comportement : “les enfants qui ne bougent pas beaucoup sont de nature plus coléreuse. Un enfant de 8 mois qui ne sait ni s’allonger ni s’asseoir tout seul s’exclut du groupe, s’énerve très vite, demande beaucoup d’attention. Au contraire un enfant trop poussé éprouve une insécurité affective. On a brûlé les étapes, on est allé trop vite pour lui, il déploie une force musculaire trop importante pour tenir une position inadaptée, il ne peut pas maîtriser la chute, c’est très insécurisant puisqu’il ne peut que subir le fait de tomber“.

Apprendre à repérer ce qu’est une pauvreté motrice

Il faut en avoir conscience et être capable d’en identifier l’origine (torticolis, poids, hanche, colonne, hyperextension…). En fonction de l’âge, la prise en charge est très différente. Le niveau d’implication des parents est déterminant. « S’ils ne sont pas intéressés pour faire autrement, n’y perdez pas votre énergie. On peut les informer, les accompagner pour une prie de conscience mais pas plus. »
Il faut ensuite maîtriser les techniques d’accompagnement : c’est à la maison et dans le lieu d’accueil que va se faire la transformation, beaucoup plus qu’au sein du cabinet du thérapeute.
Isabelle Gambet Drago prévient : « il n’est pas question de sur-stimulation ! »
Elle incite à « apprendre à observer » et à « porter la certitude du potentiel de l’enfant ». « Même un enfant dans un état pas terrible, il faut y croire, porter le potentiel de l’enfant. Regarder un enfant jouer avec émerveillement, admiration, attention, c’est une façon de porter l’enfant. Le regard de l’adulte fait changer les choses. »
Evidemment, il faut connaître les étapes du développement moteur.
« Plus ça va plus il faut affiner les exigences de ce qu’on demande (ouverture des doigts, type de prise) ». Il faut aussi être au clair sur ce que l’on cherche. Face à un enfant à quatre pattes, on peut se demander : « Tient-il sa tête, le regard est-il à l’horizontal, les mains sont-elles ouvertes, est-il symétrique ? »
Pour Isabelle Gambet Drago il faut aussi savoir écouter :écouter ses ressentis (suivre ses intuitions, on gagne du temps dans le suivi), accueillir l’histoire du développement (parfois parents racontent un choc émotionnel), accueillir les craintes des parents par rapport à la normalité. Un enfant ne peut pas tout faire en même temps. « Le carnet de santé pousse à la recherche de la norme., il est une référence pour les parents, il verrouille les normes et les exigences. Or il faut accueillir le nouveau. Chaque nouveau né apporte son histoire, chacun est différent dans son développement. »

Accompagner les parents

Pour la spécialiste, il existe trois concepts clés : la symétrie (à la naissance le nouveau né est asymétrique puis va au fur et à mesure tendre vers la symétrie), l’autonomie et le plaisir (s’il n’y a pas de plaisir c’est qu’il y a quelque chose qui entrave).
Les enfants qui se déplacent sur les fesses  sont des enfants qui ont été assis trop tôt et ont appris à trouver leur équilibre assis. Ils n’ont pas été mis assez à plat ventre. Ce sont des enfants qui en maternelle ont des difficultés motrices. Ils n’apprennent pas à mettre les mains en avant. Ils se cassent le nez, les dents.
« Vous avez un rôle d’éducation parentale, insiste-t-elle. Il faut accompagner les parents par rapport à la motricité. La tentation très grande de laisser dormir le bébé dans son maxi cosy. Si on accompagne les parents dans la possibilité de sortir un bébé du maxi cosy sans le réveiller pour lui permettre de dormir à plat dos ils le font. Il faut se battre avec les parents pour qu’ils ne mettent pas les enfants assis quand la position assise est non acquise. »
Isabelle Gambet Drago montre avec des photographies comment sortir un bébé endormi d’un maxi cosy. La main gauche est posée sur le ventre de l’enfant. La main droite replie la jambe gauche du bébé puis celui ci est délicatement retourné pour se retrouver le ventre sur la main gauche de l’adulte, tête vers le sol. De cette façon il ne se réveille pas et peut ensuite être couché sur le dos dans son lit.
Pour accompagner les parents, elle propose de grandes règles :
– La tolérance. « Acceptez tout. Ca n’existe pas les mauvais parents, il faut accueillir la différence. » (ndlr: les associations de protection de l’enfance n’auraient peut-être pas le même avis)
– Reformuler les craintes et les leurs (ça vous inquiète que je vous dise qu’il ne devrait pas rester assis)
– Faire faire en accompagnant, « vos mains sur les leurs »
– Valoriser les compétences parentales

Elle incite à éviter certains matériels de puériculture, tels que le youpala, tout ce qui « contient trop » comme les cocons (lire à ce sujet notre compte-rendu du récent colloque sur la mort inattendue du nourrisson au cours duquel il a beaucoup été question des cocons), les cale-bébés, tapis de jeux avec une arche (elle empêche basculement vers droite et gauche). Les ballons sont en revanche intéressants, les frites aussi pour les enfants qui ont du mal à se mettre à plat ventre.  Elle insiste: « Le portage dans les bras, c’est fondamental. Il faut favoriser l’enroulement du bassin. »
Elle évoque le travail au sol, la bascule latérale droite gauche, très importante,
la rétroversion du bassin (les fesses qui se soulèvent quand l’enfant est sur le dos). Il est possible d’accompagner le retournement de l’enfant : on fléchit la jambe extérieure et on le fait tourner (complètement ou pas).

Comment guider un plus grand ?

« Il faut les remettre au sol. On peut par exemple faire une matinée, à plat ventre, tout le monde à plat ventre, adultes et enfants. »
Pour favoriser l’enroulement du bassin, penser à ramener les jambes de l’enfant sur le côté et ne pas les laisser pendantes quand l’enfant est sur les genoux, à mettre des cale pieds sous les chaises. Il est utile de renforcer les membres supérieurs avec du plat ventre. Le massage  peut aider à développer la construction du schéma corporel et la confiance en soi.

Dans la salle une intervenante remarque que beaucoup de pédiatres disent de mettre les bébés en transat ou en position assise en cas de reflux. Dominique Leyronnas répond : « mettre un bébé assis pour empêcher les reflux c’est une fausse garantie car la position assise met l’estomac sous pression ». « Il ne faut pas être fermés, tempère Isabelle. Les extrêmes ce n’est jamais bon. On ne dit pas que la position assise est totalement bannie. Il faut essayer de permettre aux enfants de retrouver les étapes. »
« On n’a pas accès à ces connaissances pendant nos formations, c’est dommage », déplore une autre professionnelle

Quelqu’un demande pour quoi elle insiste sur les cocons. « C’est un matelas mémoire de forme, répond Isabelle Gambet Drago. Il prend la forme du corps. Le bébé y est bien, il ne risque pas de bouger. C’est très entravant dans une position très symétrique droite. Ca fabrique des bébés avec des tête plate. Ca coûte cher et ça se déplace. Une fois qu’on a dépensé 150 euros, on s’en sert pour tout. Le bébé passe beaucoup de temps dedans. » Elle manifeste les mêmes réticences vis à vis du coussin de latéralisation. « Je suis pour le couchage latéral car beaucoup de bébés ne dorment qu’en latéral. Mais il y a le risque du retournement sur le ventre et la présence du coussin dans ce cas est problématique ».
L’exposé d’Isabelle Gambet Drago suscite en tous cas un réel intérêt et de multiples questions dans l’assemblée.

Le prochain colloque Zoeki aura lieu le 12 décembre 2016 sur le thème de la colère et de l’agressivité.