L’UFNAFAAM a organisé le 6 février dernier une journée d’information sur le thème des maisons d’assistantes maternelles (MAM). Cette journée a notamment mis en exergue les contours flous des textes législatifs, l’interprétation très fluctuante qui en est faite par les Conseils Généraux et les PMI et donc l’extrême variabilité des pratiques d’un département à l’autre.
Plan de l’article selon le déroulé du colloque:
-Bonne nouvelle : la CNAF annonce une aide au démarrage pour les futures MAM
– Bientôt un guide de bonnes pratiques (mais pas de référentiel)
– Des pratiques trop disparates selon les départements
– MAM : ce qui a changé depuis 2008
– Entre le projet et la réalisation, quelles différences ?
– Passer de l’isolement au groupe, quels nécessaires ajustements ?

 

Expérimentées en 2008, les MAM, c’est à dire la possibilité pour des assistants maternels de se regrouper à plusieurs (deux minimum, quatre maximum) dans un même endroit pour accueillir les enfants, ont fait l’objet d’un texte de loi en 2010. Elles ont depuis continué à se développer. Selon les chiffres de la CNAF on compterait aujourd’hui au minimum 1230 MAM. Le chiffre est certainement sous-estimé car les CAF ne sont pas systématiquement associées aux ouvertures de MAM. Entre 2013 et 2014 l’augmentation a été de 39%. Dans le Top 5 des départements les plus dynamiques on trouve la Seine Maritime, la Gironde, la Loire Atlantique, le Maine et Loir et la Mayenne.

Bonne nouvelle : la CNAF annonce une aide au démarrage pour les futures MAM

Aymeric de Chalup, responsable du département Enfance et Parentalité à la CNAF incite vivement les porteurs de projet à se tourner vers les CAF. « elles ont des éléments fins de connaissance des besoins et des services existants. Donc elles peuvent vous aider à trouver lieu le plus approprié. Bien s’implanter, là où sont les besoins, garantit la durabilité du projet. »
Le représentant de la CNAF a aussi profité de l’occasion pour annoncer la mise en place d’une aide financière au démarrage de trois mille euros pour les MAM qui ouvriront désormais en zones prioritaires.
Il a aussi rappelé la possibilité de recourir à un prêt à taux zéro spécifique, le PALA (prêt à l’amélioration des lieux d’accueil). Mais une participante fait remarquer que les CAF prennent des frais de dossier et qu’il s’agit en fait d’un prêt à 1%. Une autre estime qu’il est inutilisable en MAM : « Est-on toutes d’accord pour faire personnellement une demande de prêt alors que peut-être dans deux ans on ne travaillera plus ensemble. Personne ne prend sur son dos un prêt de 10.000 euros pour permettre à ses collègues de travailler. Et si une collègue s’en va qui rembourse la différence ? » Le public en a aussi profité pour rappeler les limites de la prime à l’installation pour les nouvelles entrantes dans la profession (300 euros ou 600 en territoires prioritaires) : cette prime est versée dans l’année suivant l’obtention de l’agrément à la condition d’être en exercice. Celles qui n’ont pas trouvé de contrat dans le délai imparti en sont donc privées. La CNAF envisage d’attribuer cette prime en deux étapes et d’allonger éventuellement le délai.

Bientôt un guide de bonnes pratiques (mais pas de référentiel)

Autre annonce de la journée : deux représentants de la direction régionale à la cohésion sociale -DGCS- ont de leur côté confirmé la parution imminente d’un guide consacré au sujet. Il ne s’agira en aucun cas d’un référentiel (à la grande déception de certaines professionnelles) mais d’une aide à la prise de décision et à l’exercice en MAM. Ce document sera « un guide de bonnes pratiques » et « alternera les rappels en matière de réglementation et les conseils et recommandations à destination des assistants maternels, des porteurs de projet et des services de PMI ».
Le guide insistera notamment sur : l’évaluation économique (le surcoût financier constituant un problème récurrent), la construction du budget, la constitution d’une personne morale (80% des MAM sont constituées en association), sur la délégation d’accueil (possibilité que les enfants pris en charge sur des temps courts par une autre assistante maternelle de la MAM), la relation entre l’assistante maternelle et les enfants.
Le guide préconise l’instauration par les PMI d’une réunion spécifique à destination des porteurs de projet et qu’au moins un des porteurs aient une expérience professionnelle en tant qu’assistante maternelle.
A une question posée par la salle, les représentants du Ministère des Affaires sociales ont bien insisté : ce guide est une mise en valeur des bonnes pratiques, une sensibilisation pour les PMI, il n’est pas contraignant et ne règlera pas à lui seul la question de l’interprétation des textes de loi existants. « On ne va pas renationaliser les compétences des départements ». Or, il semble bien que ce soit là que se situe le principal écueil pour les assistantes maternelles désireuses de monter une MAM.

Des pratiques trop disparates selon les départements

Toute la journée, les exemples de pratiques très disparates d’un département à l’autre ont été exposés. « L’année dernière on a fait un regroupement de MAM sur une journée, raconte une assmat dans le public. Au lieu de pouvoir échanger, on était plutôt dépitées en fin de journée car on n’a pu que constater les inégalités de traitement sur le territoire. Les situations étaient tellement différentes, pas les mêmes obligations, pas les mêmes réglementations
La délégation d’accueil, par exemple. Certains conseils départementaux en ont une conception assez souple, quand d’autres, en contradiction avec la loi, la refuse.
« Je viens de la Martinique, explique cette participante, on a monté la première MAM en 2010. On ne nous a opposé aucune difficulté pour la délégation d’accueil. Puis il y a eu un changement d’équipe au sein du Conseil général, on nous a empêchés de faire la délégation. On a eu trois contrôles en un mois. C’était clair, on ne voulait pas nous laisser travailler comme on voulait. Or, si la délégation d’accueil est signée par les parents, on peut la pratiquer. » Dans la salle, un murmure d’approbation s’élève. « La délégation c’est tout l’intérêt, si on ne peut pas la faire, ça n’a plus de sens ! »
Les représentants de la DGCS confirment: « La délégation a été posée comme un des principes de fonctionnement. Il est impossible de l’interdire. La PMI doit s’assurer que la qualité de l’accueil est bien respectée. A partir du moment où vous démontrez que la qualité est assurée et que les parents ont signé, il n’y a pas de raison que la PMI vous refuse la délégation

Autre sujet sensible : la possibilité de remplacer une collègue en congé maladie ou en congé maternité. Dans la salle, une assmat assure que son département l’autorise, puisqu’elles ne sont de toute façon pas cinq ass mat en simultanée dans la MAM. Certains départements acceptent apparemment de délivrer un agrément temporaire pour des remplacements. « Mais ça n’existe pas ! La loi c’est la loi ! » s’insurge une puéricultrice de PMI. Plus tard elle expliquera la difficulté du côté des PMI, même lorsqu’elles sont favorables aux MAM : « comme on ne retire pas des agréments une fois délivrés, si on se met à en délivrer d’autres pour des remplacements, on risque d’en délivrer une dizaine pour une seule MAM, ça va être le défilé ». Une autre participante prend le micro : « La loi est tellement souple que ça pose un gros problème d’interprétation, les services de PMI ont tendance à faire leurs propres règlements. Il y en a assez ! Tout ce que je demande c’est que la PMI arrête de dire « voilà la nouvelle loi » ». Des applaudissements nourris suivront.
Autre sujet d’interrogation : un maire peut-il s’opposer à l’ouverture d’une MAM ? Un assmat raconte en effet avoir obtenu l’accord de la PMI, le soutien de la CAF, avoir trouvé les locaux mais se heurter au refus du maire de sa commune au motif qu’il y aurait suffisamment de places d’accueil sur sa commune.
Réponse :…

Ce qui a changé depuis 2008

Lors d’une deuxième table-ronde, des professionnels de PMI et des formateurs ont échangé sur l’évolution et l’accompagnement des MAM. Voici leurs interventions :

Béatrice Robert, assistante sociale, responsable de l’unité d’assistantes maternelles, dans le Maine et Loir

« Nous avons 8000 assmat, 95 MAM ouvertes, 50 projets en cours, et avons eu deux fermetures. L’évaluation pour l’ouverture d’une MAM se fait en 2 parties : celle de la professionnelle, celle du projet d’accueil.  Pour les locaux et le projet pédagogique, c’est le médecin de PMI. La particularité de notre département : il finance le poste à temps partiel d’une accompagnatrice de projets (elle est conseillère en économie sociale et familiale). Le nombre de MAM est toujours croissant chez nous. La première a ouvert en octobre 2008. Puis 6 à 7 MAM par an et entre 2011 et 2014, nous sommes passés de 15 à 20 MAM par an. En 2015 nous avons eu 22 ouvertures. On est dans une mutation du métier, une professionnalisation.
Nous constatons une meilleure acceptation des autres professionnels de la petite enfance. Au départ il y avait beaucoup de craintes, une levée de boucliers des EAJE, des évaluateurs en interne et au niveau des RAM. Maintenant les MAM sont beaucoup mieux reconnues.
C’est une opportunité pour les collectivités. De plus en plus s’y intéressent, l’envisagent comme la structure collective de leur territoire. On doit insister en tant que PMI pour dire que c’est porter par des Assistantes Maternelles. Nous voyons aussi la reconnaissance des parents, rassurés d’avoir le regard de plusieurs professionnels, intéressés par le remplacement possible si leur ass mat est empêchée de travailler. Autre avantage : la meilleure lisibilité des pratiques des professionnels. S’il y a des dysfonctionnements, c’est plus vite porté à notre connaissance. Les parents formulent plus vite des remarques sur les structures.

Le Profil des professionnels a d’emblée été très varié. Les assmat déjà agrées en domicile ont un désir de professionnalisation plus grand, elles sont engagées dans une réflexion, elles participent à des échanges avec leurs collègues. On a aussi des assmat qui ne trouvent pas de travail dans leur secteur géographique. Celles qui commencent directement en MAM ont un autre profil: elles sont auxiliaires de puériculture, ou titulaires du CAP petite enfance. Elles montent un projet commun pour exercer avec moins d’enfants (« on n’en peut plus, en crèche on fait de l’abattage), elles sont tentées par l’exercice sans hiérarchie. Nous avons aussi des personnes qui cherchent du travail ou qui n’ont qu’un petit logement et ne peuvent pas exercer chez elles, parfois elles sont très jeunes, elles ont 18 ans, elles vivent encore chez leurs parents. Nous voyons aussi des hommes célibataires, en MAM nous en avons deux fois plus que parmi les assmat à domicile. Ils pensent que ce sera plus facile d’inspirer confiance aux parents en MAM.

Les conseils que je donnerais… Prendre le temps de travailler au projet commun, ça permet de se connaître, de vérifier qu’on se connaît. Les groupes mettent entre18 et 24 mois pour construire leur projet. Il faut s’accorder sur les règles de cogestion des lieux et sur la participation financière de chacun, choisir la structure juridique. Il y a des étapes à ne pas brûler. Il faut vérifier les attentes de chacun et chacune. Souvent, quand les groupes ont trouvé un local, après il n’y a plus que l’organisation matérielle qui compte. Il ne faut pas oublier le statut de salarié.
Il est également très important que l’assmat se préserve un maximum de temps avec l’enfant. Le référent doit rester référent. Donc, réfléchissez à la façon dont on explique la délégation d’accueil aux parents. C’est là que nous voyons le plus de contentieux, avec les relations ou entre assmat. Autre avertissement : les non dits peuvent provoquer des clashs. Nous avons vu des disputes en présence des enfants ou des assmat qui décident de quitter la MAM et qui viennent chercher le matériel la nuit ou le week-end.
Vous serez aussi moins disponible pour votre vie personnelle. Quant au travail en équipe, ce n’est pas toujours facile de travailler sous le regard de l’autre. Partager liens familiaux ou amicaux ne facilite pas toujours le passage à des liens professionnels. Exemple : nous avons un groupe où ça a clashé, les deux cousines se sont fâchées, du coup les tantes sont fâchées aussi.
Il faut penser l’accueil de ses propres enfants petits. Nous, dans le Maine et loir on limite les agréments à 6 ans pour éviter que les grands ne viennent après l’école. La MAM est un lieu pro et donc les conjoints ou les amis ne sont pas invités à venir. Dans le cadre des remplacements, il n’est pas facile pour une nouvelle collègue d’arriver et de faire sa place. Enfin, attention à l’équilibre financier si le nombre d’enfants accueillis est insuffisant ou diminue.»

Pierre Yves Dussart, responsable administratif des modes d’accueil collectif en Loire Atlantique

« Quelques chiffres : 12800 assmat en exercice, 83 MAM ouvertes, 7 qui ont fermé, une trentaine de projets en cours. Il y a eu une petite baisse en 2015 car il y a de plus en plus de difficultés au niveau des locaux. Pour les MAM, on a fait diminuer les règles relatives aux ERP (établissements recevant du public). On a travaillé avec la préfecture pour faire diminuer les règles d’accessibilité (ascenseur quand il y a un étage, par exemple, ce n’est pas possible!).
En 2008, très clairement, les premières MAM étaient des regroupements d’ass mat.
Aujourd’hui, il y a de tout. Avec le chômage, Pôle Emploi s’est mis à envoyer des gens vers ce métier. On a pris contact avec Pôle Emploi pour expliquer que ce n’est pas un métier qu’on fait par défaut. Mais ça continue et ça pose problème. Ces personnes n’ont aucune connaissance de la petite enfance et du métier d’assmat. On voit aussi beaucoup de professionnels d’EAJE qui montent leur propre MAM. C’est la principale évolution. Ca pose d’autres questions sur la manière de travailler, de voir les choses.
C’est de l’individuel dans un petit collectif, mais ce n’est pas du collectif ! C’est difficile à faire comprendre aux professionnels qui viennent d’EAJE. On ne mutualise pas tout. On voit aussi des assmat qui se regroupent car elles sont amies mais elles découvrent qu’elles n’ont pas les mêmes pratiques. Du coup on a un fort turn over en MAM : 30% qui partent.
Nous avons quand même plus de 40% de gens qui ne viennent pas de la petite enfance parmi ceux qui veulent monter une MAM. La loi de 2010 est très floue et on ne peut pas refuser les gens. L’assmat est le premier mode d’accueil en Loire Atlantique avant même l’accueil par les parents. En PMI, on ne peut pas bloquer: quelqu’un dépose un dossier, on est obligé de le traiter.

Nous accompagnons les MAM, nous ne sommes pas des ennemis (il y a des départements vraiment hostiles). Nous axons sur le projet d’accueil commun pour faire comprendre la difficulté supplémentaire de travailler en MAM. Quand on reçoit projet, on le transmet au médecin et à la puéricultrice. Un gros travail est fait sur le projet d’accueil commun pour que les assmat aient la même vision du travail. Nous insistons sur le règlement intérieur pour régler les problèmes qu’on n’imaginait pas avant. Nous nous assurons que les gestes de portage sont assurés par l’assmat référente. Il y a des MAM où les 4 ass mat s’occupent des 12 enfnats. Or, c’est un accueil particulier, individuel. On appuie beaucoup là-dessus. (ndlr : ce sujet sera de nouveau discuté plus tard dans la journée).
Lorsqu’une MAM précise qu’elle est ouverte de 7h à 19h, nous proposons d’ajouter la phrase « en fonction du contrat signé ». Car pour les parents, ne nous leurrons pas, c’est du collectif. Et il est difficile de leur dire non. Combien de fois, ai-je vu des parent avec un contrat commençant à 8 heures du matin arriver à 7h30 et dire « oh il y a deux ass amt, je vous le laisse ». Résultat : on se retrouve avec plus d’enfants que d’agréments. Les autres parents ne sont pas vos employeurs.
Autre difficulté : vous gagnez en liberté et en reconnaissance mais il y a des complications liées à la conciliation vie privée/vie pro. Pour certaines se pose aussi le problème du bruit dans un lieu pas adapté. Nous leur répondons: « occupez vous de vos enfants référents et vous allez voir, il y aura moins de bruit. »
Ce que nous proposons pour accompagner : nous groupons 2 ou 3 MAM et nous faisons de l’analyse de pratique. Les MAM sont reçues 2 heures toutes les six semaines et parlent de leur pratique. C’est en dehors de la PMI. Nous avons aussi créé une formation spécifique pour les assmat en MAM. Elles y viennent sur la base du volontariat. »

Martine Nabot, formatrice dans le Département des Alpes Maritimes

« Au départ la demande était politique. Le rapport Tabarot est parti de chez nous. Nous n’avons pas la même demande sur le bord de mer ou dans l’arrière pays. Nous avons 12 MAM. Depuis 2008, trois ont fermé dans le moyen pays. Sur le littoral on en a deux sur Nice et une au Canet. Les loyers sont très chers. C’est une vraie barrière. Dans le moyen et le long pays les communes acceptent mieux de mettre à disposition un local.

En tant qu’association, on a fait le tour des MAM. Nous leur proposons un accompagnement spécifique. Deux fois par an, nous les obligeons à faire un point. Avant on les a écoutées.
Au départ, il y avait un manque d’information. Nous avions de plus en plus de gens en reconversion professionnelle, envoyés par Pôle Emploi. On voyait surtout des gens qui voulaient garder leurs enfants en même temps. Beaucoup d’EJE aussi. Maintenant nous avons un partenariat CAF/Association. Nous sommes allées informer le personnel de Pôle Emploi dans tout le département sur la réalité du métier. Cette année on a moins de gens qui viennent de Pôle Emploi. Dans la formation obligatoire d’assmat, nous parlons des MAM et des micro-crèches. Nous avons 3 MAM inter-entreprises. Elles vont voir les entreprises, elles créent une convention avec elles, se font payer une partie du loyer et garantissent des places pour les salariés. Elles sont suivies par une EJE. Elles ont installé une salle d’allaitement. Ce qui manque dans les MAM, c’est le référent. »

Une puéricultrice en PMI en Normandie

Nous sommes une équipe de trois puéricultrices. On a réfléchi à tout ce qu’on pouvait rencontrer. Au départ nous avions des exigences sur la sécurité. On essaie de pas être dans l’extrême, on ne veut pas confondre MAM et EAJE. C’est un lieu privé. On peut être dans l’accompagnement sans être dans l’agressivité. On accompagne mais on dit aussi ce qui ne va pas.

On accompagne également dans les conflits. Mais la PMI  est juge et partie. C’est compliqué de prendre du recul quand on a fait un agrément. Le rapport du Sénat de 2013 parlait de coach extérieur. C’est une bonne idée. On a progressé, on se remet en question tout le temps.
Quand on accueille quatre enfants d’un coup, l’argent arrive, ça grise. Attention, mettez de l’argent de côté, vous pouvez être en longue maladie, accidentée, avec des indemnités journalières basses, or il faut continuer à payer les charges.
Attention aussi au cadre associatif, au positionnement. L’association, c’est votre statut à vous.
On a 70% des postulants MAM qui se connaissent à la base (amies, collègues, famille). Parfois nous sommes un peu inquiets. Mais il n’y a pas de règles. Quand on ne se connaît pas ça peut fonctionner très bien et parfois en famille, ça marche très bien aussi. On voit fleurir sur le bon coin beaucoup d’annonces pour trouver des postulantes. Notre constat : celles qui sortent des crèches ne font pas forcément les meilleures Ass mat. Elles se leurrent sur métier. Il n’y a pas de coordinateur, c’est plus compliqué.
Il faut réfléchir sur tout, les courses, le ménage. Quand le fait-on ? Ce sont des petits détails mais les conflits partent de là. Il faut repointer régulièrement ce qu’il y a dans projet d’accueil.
Attention aussi, la MAM n’est pas un lieu d’accueil pour leurs enfants. Un enfant de six ans a-t-il sa place dans une MAM ? On n’est pas dans l’interdiction pure et dure, on est dans la réflexion.
S’il y a passage du conjoint ou d’un intervenant, il faut prévenir les parents. Il doit savoir qui est passé dans la MAM. Ce n’est pas le dernier salon où on cause avec les copines. On a tout vu, la coiffeuse, le kiné. Vous riez, moi je ne ris pas. C’est toujours très beau, très rose au début. Nous essayons d’avoir une visite par trimestre .
Attention également au dépassement d’agrément, c’est un grand classique. L’ass mat qui accueille 5 ou 6 enfants pour dépanner la collègue qui arrive plus tard.
Le temps d’écoute extérieur ne doit pas être fait avec la personne qui fait l’agrément. C’est important car il est difficile d’être juge et partie. Nous menons une réflexion sur le fait de faire intervenir une EJE pour donner des indications. Ce n’est pas qu’une question de formation continue. L’échange est important.»

Temps de parole avec la salle

Une assmat rebondit sur l’évocation des annonces sur le Bon Coin. « On a cherché quelqu’un pour remplacer une collègue qui est partie. La PMI refusait de nous donner des coordonnées, idem à Pole Emploi pareil pour le RAM. Alors oui, il reste le Bon Coin.»

Une autre interroge : « Peut-on avoir des contrats en péri-scolaire en MAM ? »
Pierre-Yves Dussart répond : « C’est légal mais dans notre département, la Loire Atlantique, on agrée pour 0-4 ans. »
« En MAM, le périscolaire ce n’est pas possible, tranche la puéricultrice de Normandie. Celles qui en ont en cours d’année, elles les finissent mais après, elles arrêtent. Ca dépend évidemment de votre espace mais un enfant de six ans a besoin d’un autre espace. A domicile il y a moins d’enfant. En MAM c’est beaucoup plus compliqué à gérer. »

Une autre s’étonne : « Je n’ai pas entendu parler de la référente de la MAM. Dans une MAM on doit en désigner une. »
Réponse des intervenants : « Ce n’est pas dans la loi ! Mais si vous voulez vous pouvez. »
Sandra Onyszko de l’UFNAFAAM précise : « On s’aperçoit dans l’usage que certaines ass mat sont moteur du projet. C’est de la liberté de chaque MAM de désigner une référente. Nous mettons en garde sur la notion de supervision. »

Entre le projet et la réalisation, quelles différences ?

La troisième table-ronde a donné la parole à des représentants de MAM en exercice et de MAM en projet :

Le Jardin des Bambins, dans l’Oise, MAM créée en 2011

« On a fait beaucoup de recherches sur internet. Il y a 4 ans, il y avait très peu d’information. On est allées à la CAF puis au Conseil Général. Et enfin à une réunion nationale de l’UFNAFAAM en 2011.
Nous avons 5 dossiers aux Prud’hommes avec les parents. Le temps de la procédure, on ne peut pas accueillir un autre enfant. On a changé 4 fois notre équipe, trois fois avant ouverture. Il faut s’habituer à la façon de travailler de chacune. Il y a beaucoup plus de bruit aussi. Certaines laissent pleurer, d’autres non. On se demande « est-ce normal de laisser pleurer cet enfant? » Il faut bien trouver son équipe, établir un règlement intérieur, il faut penser à tout. Par exemple, en cas de longue maladie, qui paie les charges ? Moi j’étais en congé maternité, on n’a pas pu me remplacer, faute de candidate. J’ai continué à payer mes charges. »

MAM 1,2,3 Soleil, Mont-de-Marsan

“Nous étions la première dans Les Landes. Il a été très difficile de trouver l’information. Nous sommes est allées voir les pompiers pour l’ERP. Notre mode de fonctionnement : on donne toutes la même chose tous les mois, quelque soit ce qu’on gagne. On reverse les frais d’entretien à la MAM, c’est le principe. On donne 400 euros chacune. Ca nous est arrivé au début de donner proportionnellement à ce qu’on touchait. Ca ne fonctionnait pas. Le budget était ric-rac. Il y en avait une qui se roulait les pouces. Notre position a été celle-ci : « Tu veux moins travailler, tu peux te le permettre, c’est ton choix mais chacune paie la même chose. » Sinon on ne s’en sort pas. Il faut dès le départ en parler, poser cette question. Toutes ces petites histoires d’argent mettent la MAM en péril.

Dans les Landes, aucune commune n’aide pour le logement. Et quand on dit à un propriétaire qu’il va y avoir 12 enfants, il refuse. Faites attention à la pièce principale. Une pièce trop petite, c’est l’enfer. On est habituées à travailler toute seule. Là, il faut se remettre en question tout de suite. Il faut trouver un moment pour discuter dans confidentialité.
Avec le travail à l’extérieur, il faut bien préparer nos familles. C’est difficile pour les jeunes mamans. Il faut beaucoup parler, se poser beaucoup de questions. Même si vous pensez vous connaître, on ne se connait pas. Nous, on est parti en week-end ensemble à Paris sans nos enfants, sans nos conjoints. Et bien celle qui a fini par partir au bout de quatre mois, on l’avait senti pendant ce week-end. Alors partez ensemble! Soyez honnête, si quelque chose ne vous plaît pas, dites le. Ne cachez pas vos défauts, ils vont ressortir.
Sur les contraintes : on ne laisse pas les enfants pour aller chercher son propre enfant. On fait les courses en dehors de nos heures de travail, idem pour le ménage. Pendant les vacances on vide tout, on nettoie tout, sur nos vacances.
Nous faisons du 6h-22h. On n’a aucune délégation d’accueil. Dans les Landes, la délégation d’accueil c’est sur le temps de présence de la collègue.
Nous faisons à manger toutes les 3 à tour de rôle. Celle qui est de cuisine lance le repas à 7h30. Toutes les semaines : une cuisine/une fait le ménage/une ne fait rien, et on tourne. Chez nous c’est tout le monde pareil pour les repas.
Il y a le règlement intérieur, et il y a notre petit règlement interne, notre tambouille entre nous. »

Claudine Callewaert Nord et Peggy Belicki, MAM en projet dans le nord

« Plus on prend son temps mieux le projet peut aboutir. C’est beaucoup d’investissement personnel. Nous, on ne se connaissait pas à la base. On a chacune notre rythme et des situations familiales différentes. On n’est pas des copines, on se réunit dans un objectif professionnel. On était dans l’euphorie quand on a lancé l’idée. Avec nos regards différents, l’objectif commun c’est d’être dans la bienveillance entre nous aussi. Notre projet pédagogique faisait 100 pages ! »

Alice Alfredo, Haute Garonne MAM en projet

« On a essayé une première fois, ça n’a pas fonctionné. Les informations étaient difficiles à avoir. Il n’y a pas de charte, de mode d’emploi. Il a fallu croiser les infos entre départements. C’est assez disparate. Il faut avoir coûte que coûte un rendez-vous avec le conseil départemental. Selon les départements c’est la préhistoire. »

Nathalie Sanfeliu, MAM en projet à Toulouse

« Au début on était quatre, puis trois, puis de nouveau quatre. On met chacune un peu plus au niveau de nos charges au cas où. Parfois on est en désaccord sur le projet. Donc il faut bien bien établir le règlement intérieur. Nous on a déménagé et on a gardé notre appartement pour la MAM. Car à Toulouse c’est très difficile de trouver un lieu. Il y en a pour 12 à 18 mois avant que ce soit ouvert. »

Temps d’échange avec la salle

Une assmat d’une MAM en Seine Maritime partage son expérience : « Nous sommes 3, on a ouvert il y a 2 ans et demi. On a créé une association. Vous avez un budget, avec une colonne débit, une colonne crédit. Nous avons mis six mois avant d’être complètes. On avait un loyer de 1000 euros. Pendant six mois il a fallu payer les charges avec un seul contrat. Si vous faites bien les assemblées générales, l’association ça vous aide. »

S’engage ensuite une conversation sur les repas. Une jeune femme dans la salle : « moi les parents apportent le repas pour les enfants, les autres assmat font les repas pour les leurs ». Une autre précise : « dans mon département, pour les MAM qui font elles-mêmes à manger, le service vétérinaire a demandé aux assmat de conserver un échantillon des repas. » « La loi ne le prévoit pas », s’étonne Sandra Onyszko
Les échanges portent ensuite sur la taxe d’habitation, qui doit être payée, sauf exonération de la part de la mairie. Et attention au bail, il ne doit pas devenir commercial, sous peine d’entraîner un sévère redressement fiscal pour le propriétaire.

Passer de l’isolement au groupe, quels nécessaires ajustements ?

Pour la dernière table ronde, de nouvelles MAM montent sur l’estrade. Voici leur présentation.

La maison de Pinocchio à Perpignan

« On a ouvert en sept 2008. Il n’y avait rien. Dans les Pyrénées Orientales, on ne connaissait pas. J’ai fait tous les meetings politiques que j’ai pu. Je viens de crèche familiale. Je suis ass amt, fille d’ass mat. Dix ans que j’étais seule à la maison. Au départ je suis gestionnaire d’entreprise. Au bout de dix ans j’étais usée, fatiguée. Il manquait quelque chose pour les enfants. Avec deux amies ass mat on a vu l’exemple de la Mayenne avec une émission sur Public Sénat. La Mayenne nous a donné pistes. On a préparé notre projet. La PMI au départ nous a dit non. Puis on eu un rendez-vous au mois de juin. Le projet a plu. On avait pris le risque de louer un appartement, de l’aménager. C’était un coup de poker. On était tellement convaincues. En septembre on a ouvert. Ca fait 8 ans, tous les jours un bonheur. La passion anime le fait d’être ensemble. Il y a des problèmes d’argent oui. On vit des moments de fous. Au bout de huit ans, on est multi tâches, il faut savoir tout faire, apporter toutes les réponses, il faut être diplomates. Je ne reviendrai pas en arrière.”

Alain, EJE de formation, autre MAM à Perpignan:

“On a créé notre MAM il y a deux ans et demi. On a réuni les 47 MAM du département. Le projet de départ a évolué. Il n’est pas figé. Le projet doit rester abordable pour les parents. Il faut éviter le jargon. Restons sur du basique, du simple. Nous nous avons une aide. Perpignan verse 350 euros par an par enfants par MAM. »

Sophie Soudy, MAM Petit à Petit à Colombes

« Le projet a été mis en place en 4 mois. Au bout d’un an et demi une des deux assmat s’est rendue compte qu’elle préférait travailler chez elle (trop de bruit). J’ai pris le relais mais au bout de six mois j’ai eu un accident. La PMI a dit « ça ne peut pas fonctionner à une personne ».
Une troisième est arrivée mais n’avait que des contrats enseignants, elle a refusé de payer les mêmes charges. Elle est partie. En octobre une autre personne est arrivée. Elle venait de la garde à domicile. Il a fallu tout remettre au carré, sur le plan financier notamment. Les premiers mois on payait 900 euros chacune de charges.
Depuis deux ans, on a une subvention de la mairie. La subvention est versée à l’association. On a des comptes à rendre. Tous les budgets à donner. On travaille sous le regard de l’autre 10 heures par jour. Il faut être respectueux, souple. Une fois par mois on se donne un temps pour poser les choses. »

Jennifer Moulène et Faustine Chéron, « Ma maison à moi » en Seine maritime

« On est amies au départ. On s’est retrouvée sur le projet de la MAM. L’ouverture a été facile. On a été bien épaulées. En 9 mois le bébé était là. Aucune subvention. Quant aux conditions de travail : on ne reviendrait pour rien au monde à notre domicile. On peut ouvrir avec peu de moyens. Ce n’est pas une crèche. On a commencé avec des choses simples, pas de transats pour tous. On achète du matériel petit à petit. On a commencé petit et ça roule. On a 14 enfants, un loyer de 1000 euros. Quoi qu’il arrive on met toutes la même somme. »

Sandra Onyszko pose la question de l’individualisation de l’accueil. Se perd-il en cours de route ?
Pour la MAM Pinocchio de Perpignan : « on est dans l’observation, on analyse le comportement de l’enfant. Un enfant a certes une assmat référente mais il va spontanément se diriger vers une autre. Chaque enfant a ses besoins, selon son âge. Moi les plus grands viennent spontanément vers moi car je suis très active. Faites comme vous le sentez aussi. »

Alain, pour l’autre MAM de Perpignan: « Au niveau de l’équipe chacun a sa représentation de ce que peut être un accueil. Il faut arriver à trouver juste milieu. On parle de référence. On l’a discutée avant avec les parents. On leur a fait comprendre qu’il y aurait un référent administratif mais que dans la MAM tout le monde participe au jeu, au change, au biberon. On s’est rendu compte que si une seule personne donne le biberon à un enfant, le jour où la personne pas là, l’enfant refuse biberon. »

Dans la salle comme à la tribune, les avis sont partagés.

Sophie Soudy, de la MAM de Colombes : « Chez nous, à 90%, pour les petits c’est la référente qui s’en occupe pour les biberons, le change. Au moins les trois premiers mois. On laisse l’enfant s’habituer à sa référente. Quand il grandit, il choisit, il va vers qui il veut et va vers l’activité qui lui plaît. Quelque chose au début doit se créer. Pour les bobos, pour les grands réconforts, les enfants vont vers la référente. La petite taille permet de garder l’individualisation.

Jennifer Moulène, de la Seine Maritime, rejoint plutôt son homologue de Perpignan :
« Si les parents sont au courant qu’il y a une référente administrative mais que pour le reste c’est commun, ce n’est pas un souci. On ne pense pas que 4 professionnels qui s’occupent d’un enfant c’est perturbant, ça reste de l’individualisation.”
Sa collègue, Faustine Chéron, confirme : « même si ce n’est pas mon contrat, je connais le rythme de l’enfant. Ce n’est pas perturbant pour lui qu’une autre ass mat s’en occupe. Mais pour un nourrisson, oui, c’est bien que ce soit sa référente qui s’en occupe. »

Autre question de Sandra Onyszko: « Les MAM sont-elles des crèches low cost ? »

Elisabeth, de Perpignan : « On est des pros. On n’a eu aucun parent mécontent. Ils reçoivent une écoute, des conseils. On les assiste, on va au bout avec eux. »

Alain de Perpignan :: « Toutes les MAM de la ville sont pleines. »

Jennifer Moulène : «Les personnes qui voient les MAM comme des crèches mettent un argent fou dans leur projet. Or, on n’a pas besoin de ressembler aux crèches. La simplicité plaît aux parents. »

Sur la formation, les intervenants insistent sur l’aspect comptable, voire commercial. « On n’est pas obligé d’attendre les subventions pour la formation fait remarquer Faustine Chéron. Nous on se rassemble, on fait venir des professionnels. On met 5 à 10 euros chacune. L’année dernière on a travaillé tout le côté juridique. C’est à nous d’agir. Les pros quand vous leur demandez, ils viennent avec grand plaisir. »
Un échange très intéressant s’ensuivra au sujet du handicap. Une des intervenantes explique ainsi qu’il lui aura fallu une année pour amener des parents à voir que leur enfant était « différent ». Alors qu’elle avait suspecté très tôt un trouble autistique. Or, on sait aujourd’hui que la diagnostic et la prise en charge précoces sont essentiels pour aider les enfants autistes à progresser. D’où un certain malaise dans la salle. Pierre-Yves Dussart intervient d’ailleurs pour rectifier le tir : « il faut alerter la PMI si vous avez une suspicion de handicap. La première démarche c’est d’appeler la PMI. Le dépistage, c’est leur rôle» Dans le public, une femme, très émue, et visiblement concernée, prendra elle aussi la parole : « Chaque jour est important pour un enfant autiste, parfois il faut passer outre le regard du parent et pour les enfants, aller plus loin. »

Autre sujet d’étonnement: les normes de superficie. Dans la salle, une assmat s’adresse à la MAM de Colombes : « Vous accueillez 12 enfants dans 80 mètres carrés ?! Je suis atterrée. » (elle s’excusera plus tard pour ce terme « un peu fort »). La réponse est claire : en région parisienne il est très compliqué d’obtenir des locaux. Sandra Onyszko précise d’ailleurs que le futur guide (et non référentiel) n’indique pas de surface minimum par enfants. « Nous n’avons pas non plus mis qu’il fallait un local à poussettes mais un endroit où ranger les poussettes. On n’a pas imposé un bureau pour recevoir les parents mais préconisé un « endroit isolé ». »

Etant donné le nombre de participantes et la densité du sujet, le débat aurait pu se prolonger tout le week-end. Mais les assmat, comme les journalistes, ont aussi une vie de famille.