Adaptation, organisation des espaces et du temps, sommeil et jeu : comment respecter le rythme et les besoins individuels de l’enfant ? Ce sont ces thèmes qui ont été abordés lors du colloque organisé par Zoeki, organisme de formation dédié aux professionnels, ce lundi 11 décembre.

Le premier intervenant sollicité par Zoeki, Eric Binet, psychologue clinicien, psychothérapeute, Docteur en Sciences de l’Education, est spécialisé en psychotraumatologie. Il traite de l’adaptation, sujet « complexe ». « Je vous fais des propositions, des réflexions, pose-t-il ne introduction. Je n’apporte pas un modèle à appliquer à tous prix mais quelques billes. Je pars de mon expérience quand j’étais psychologue en crèche. » Selon ce spécialiste, les conditions d’accueil des tout petits nécessitent d’être régulièrement réinterrogées pour être améliorées. L’introduction de ce concept date des années 70 mais ses modalités ont-elles été réinterrogées depuis ? Les pratiques ont évolué, on a développé une masse de connaissances, on s’intéresse à l’influence des neurosciences. Or, on n’en aurait pas dégagé grand chose pour l’adaptation.
L’adaptation, est-ce un choix pour les parents, le tout petit et le professionnel ? Ou s’agit-il d’une possibilité ? D’une obligation ? Quelles sont les raisons qui justifient cette période ?
Autre interrogation essentielle : les tout-petits ont-ils un intérêt à être socialisés précocement ? La plupart des gens pensent que non. Pour Eric Binet ce questionnement met en exergue un problème éthique et déontologique. « Je suis convaincu que l’accueil avant un an, d’une certaine manière, est une forme de violence. Génétiquement on n’est pas programmé pour être séparés de nos parents.
Les parents se retrouvent en bout de chaîne dans un système qu’ils n’ont pas forcément choisi. »

Les conditions du bonheur

Le premier objectif à poursuivre est le suivant : comment prendre en compte le tout petit de manière qu’il soit le plus heureux possible ? On ne peut être heureux sans :

– Se sentir aimé, respecté et accepté de façon inconditionnelle.
– Avoir développé un sentiment d’authenticité, une connaissance de nos goûts, de nos besoins, de nos qualités. « Vous avez un formidable pouvoir car vous savez différencier très vite Arthur de Samuel, vous savez que l’un aime les voitures en métal, l’autre les jeux en bois, affirme Eric Binet aux professionnels présents. Pour développer l’authenticité d’un tout petit c’est bien de formuler ce que vous observez et le restituer à l’enfant. Ca lui donne une boussole précieuse. Ca évite d’avoir plus tard des jeunes qui ne savent pas répondre à des questions simples. »
– Avoir développé un sentiment de responsabilité par rapport à soi et aux autres. A quelques semaines de vie un bébé allaité perçoit qu’il peut téter ou mordre. Soit la maman considère qu’il est immature et elle le laisse faire soit dans son comportement, dans ses mots elle fait comprendre qu’elle n’est pas d’accord. Demander au bébé de prendre en compte l’autre au moment où il le fait.

La violence de l’adaptation groupée

Le spécialiste explique qu’il y a une dizaine d’années, une consigne venant d’en haut pour accélérer les entrées imposait qu’on regroupe les adaptations. Les bébés étaient accueillis cinq par cinq au même moment sur les trois premières semaines de septembre. « Nous avons été plusieurs à nous en inquiéter. On revenait à une vision très 19ème siècle. » Eric Binet a alors co écrit un article avec la pédiatre Catherine Gueguen intitulé « Adaptation et bien-être collectif » dans les Métiers de la petite enfance, publié en 2006. « Dans une crèche, les bébés étaient tellement stressés que leurs défenses immunitaires ont chuté, et une épidémie de bronchiolite s’est déclarée. En septembre ! Ils ont été absents trois semaines, un mois, il a fallu les réadapter individuellement. L’année d’après, mon aînée est rentrée en crèche à un an, dans une crèche super. C’était une adaptation groupée ! Je ne le savais pas, c’était trop tard. J’ai vu ce que ça donnait chez les moyens. Je me suis demandé comment charpenter cette période sur le plan théorique. »

Eric Binet propose donc un nouveau modèle relationnel pour organiser ces temps de rencontre, une méthode de préparation, de réalisation et d’évaluation pour enrichir les pratiques professionnelles.

A l’origine des crèches, sauver les enfants

Il est d’abord nécessaire de revenir sur nos représentations personnelles et sur l’histoire récente. L’allaitement mercenaire est apparu à grande échelle au 18ème siècle pour les enfants d’artisans et de commerçants. Cette forme d’accueil était une forme d’infanticide déguisé puisque chez une nourrice, sur 30 enfants, 28 décédaient avant l’âge de 3 ans. La façon de s’occuper des tout petits était connotée très négativement. Avec le temps, quand il a fallu avoir une descendance pour transmettre les biens, on a fait venir les nourrices à domicile. Puis sous l’influence de congrégations religieuses, on a cherché à professionnaliser ces métiers. Dès la création des crèches au milieu du 19ème siècle, la fonction de sauvegarde (sauver les enfants de la maladie) et la fonction économique (libérer les bras des femmes) ont été liées. Au fil des années, d’autres objectifs sont apparus : prévention, socialisation, éducation, rôle sanitaire. A partir des années 70, les mouvements ouvrier, étudiant et féministe ont conduit au développement des crèches. On peut noter l’influence des travaux de la pédiatre hongroise Emmi Pikler à l’institut Loczy (motricité libre, activité autonome, référence pour favoriser sécurité affective). Mais, rappelle Eric Binet, les petits hongrois ne rentrent en crèche qu’au cours de leur 2ème année. Loczy était une pouponnière !

La séparation et ses risques

La séparation est une expérience existentielle qui influence la façon dont un tout petit perçoit le monde. Il est nécessaire de réussir ce passage relationnel. Doit on parler de période de familiarisation, d’ajustement, d’accommodation ? « Je garde la notion d’adaptation », décide Eric Binet. C’est un processus triangulaire entre l’enfant, ses parents et les professionnels. « Je ne pense pas qu’on puisse parler d’une bonne adaptation. Le système ne pourra jamais être parfait, il ne pourra jamais vrament répondre aux besoins des tout-petits. Fondamentalement, une adaptation parfaite, ça n’existe pas. » Il s’agit alors de travailler sur la notion de « moindre mal ».
A quelles difficultés devons nous faire face ? Quels risques ?
Il y a le risque d’idéalisation des parents ou des professionnels quant au mythe de la socialisation. C’est problématique. Le soufflé peut retomber. L’autre risque : le déni de l’angoisse de séparation chez certains parents (« il ne va pas se rendre compte », « je ne lui dis pas au-revoir, ce n’est pas la peine »). Oui, le bébé s’adapte à tout mais le problème c’est qu’il s’hyper-adapte. Il faut aussi envisager le risque d’anxiété parentale non conscientisée, le risque de compétition relationnelle parents-professionnels. Le risque de penser que, parce qu’un enfant pleure, l’adaptation se passe mal. « Mais non, c’est plutôt bon signe, c’est sain ! » assure le psychologue. Ne pas négliger non plus le risque de ne pas avoir le temps, de ne pas être disponible, de ne pas bien décoder le contexte culturel, familial, le risque de craindre un surinvestissement affectif. Or, il ne peut pas y avoir de sécurité pour le tout petit sans attachement.
Certains parents, parce qu’ils ont déjà un enfant qui est allé en crèche, pensent que cette période n’est pas indispensable. C’est faux, évidemment. Il peut y avoir réactivation des traumas de la naissance non intégrés, non digérés. L’adaptation est une seconde naissance (l’adaptation peut être vécue comme un déclenchement, comme une césarienne).

Focus sur l’attachement

Comment désamorcer tous ces risques pendant la période d’adaptation ?
Eric Binet propose alors un focus sur la théorie de l’attachement. C’est l’attachement qui sous entend la nécessité de l’adaptation. C’est l’enfant qui s’attache (il cherche la sécurité, la compréhension et le contact auprès de ces figures d’attachement). La figure d’attachement comprend, prend soin et protège. Il s’agit d’un besoin biologique, partagé par les autres espèces animales. L’humain le garde toute la vie. L’attachement est médiatisé par 5 conduites : la succion, les cris, les pleurs, le suivi du regard et l’agrippement. Ce qui domine chez nous c’est le suivi du regard. Il est très important pour les professionnels d’être dans le regard des parents. « Les parents ont besoin que vous les fixiez, eux ». Qui sont les principales figures d’attachement ? Ce sont les personnes qui élèvent l’enfant dans les premiers mois de sa vie. Puis les substituts parentaux. Les figures d’attachement principales se construisent pendant les 9 premiers mois. Chacune de ces figures est irremplaçable, spécifique, non interchangeable. L’enfant a un réservoir pour ses parents et un réservoir pour ses autres figures. Il ne confond pas ! La force et la nature de cette relation est révélée par sa perte ou sa destabilisation et l’apparition de réactions affectives fortes.

Quelles sont les conditions pour développer un attachement secure ?
C’est la répétition des conditions d’attachement, la continuité des personnes, la prévisibilité et la cohérence des réactions des personnes, des séparations limitées en fonction de l’âge.
Quelles sont les qualités nécessaires du côté des adultes ?
– Percevoir et interpréter les signaux verbaux et non verbaux du bébé de manière adéquate et rapide
– Accepter le besoin d’attachement du bébé (ne pas penser qu’il fait du cinéma ou la comédie)
– Etre sensible à la détresse du bébé
– Soutenir l’exploration du tout petit, favoriser la résolution de problème ensemble, avec lui
– Réguler les émotions du bébé
– Respecter le rythme de l’enfant
– Faire sentir à l’enfant qu’on comprend ce qu’il ressent sans être soi-même en panique

Les figures d’attachement sont des porte-avions pour l’enfant.
Dans la salle, une responsable d’un Relais d’Assistantes Maternelles rapporte que ces dernières ont souvent des questions sur le risque de « sur attachement ». Pour Eric Binet ce risque n’existe pas.
Une assistante maternelle explique : « Je pars du principe que je ne peux rien apprendre à un enfant si je ne crée pas un lien d’attachement. Une maman s’en inquiète, elle a peur que je prenne sa place. Je lui demande des affaires en plus pour certaines activités, elle dit « j’ai l’impression d’être en garde partagée ». Pour Eric Binet c’est en amont qu’on peut désamorcer ces situations.

Une autre professionnelle explique que dans sa structure, ses collègues « ne sont pas favorables à cet attachement ». Comment les convaincre ? Quelqu’un suggère de détailler les bénéfices pour l’enfant. Nous suggérons d’évoquer les apports de la recherche. Pour Eric Binet, « l’attachement ne se situe pas dans le cortex. » « Des professionnels développent une phobie de l’attachement liée à ce qu’ils ont vécus. Vous côtoyez tous les jours le bébé qui est en vous. »

La séparation, vue depuis le cerveau de l’enfant

Le psychologue présente ensuite des données neurophysiologiques en rapport avec les angoisses de séparation. Il propose un rappel sur nos trois cerveaux (cerveau cognitif, cerveau mammalien, cerveau reptilien). Les cerveaux mammalien et reptilien font partie du système nerveux. Les pleurs sont activés par cette partie là. Donc l’idée que ce sont des caprices est anatomiquement impossible. Les pleurs sont liés à l’activation de ces cerveaux. A l’aide d’un schéma représentant le cerveau d’un enfant de trois ans, Eric Binet illustre les effets de l’éducation. Par exemple : des soins apaisants développent le cortex préfrontal, régulateur des émotions et siège des fonctions cognitives supérieures, son volume est au contraire diminué chez des adultes maltraités pendant l’enfance; le stress précoce altère le cortex orbitofrontal impliqué dans la décision, la motivation, le système de récompense; jouer favorise la croissance du cerveau…
Lorsqu’un tout petit est séparé de ses parents, les régions de son cerveau qui sont activées sont les mêmes que pour la douleur physique. L’angoisse de séparation, atavique, est probablement liée à une stratégie permettant de rester à proximité des parents et de se protéger de prédateurs. L’angoisse de séparation n’est pas universelle, elle est l’apanage des espèces d’oiseaux et mammifères ayant fondé leur survie sur constitution d’une communauté. Les pleurs sont le moyen de donner corps à des situations stressantes. Un tout petit a de faibles capacités de régulation émotionnelle. L’environnement social précoce peut influencer positivement ou négativement sur l’émergence et le développement précoce du cerveau droit. Les ruptures intenses d’attachement augmentent le recours ultérieur à la dissociation. En cas de sur-stress « la dissociation est la fuite quand il n’y a pas de fuite ». Le désespoir et l’impuissance risquent de conduire à un état passif et durable et à un mode de retrait de plus en plus long.

L’angoisse de séparation est un phénomène universel, un sentiment douloureux normal éprouvé par un individu lorsque la relation affective établie avec une personne de son entourage se trouve menacée d’interruption ou effectivement interrompue. La menace peut être réelle ou fantasmée. La séparation et les retrouvailles vont de paire. Un tout petit est toujours dans un double mouvement (il se sépare de quelqu’un et retrouve une autre personne). Il a donc le double de travail. C’est doublement stressant.

Ne pas sous estimer le stress accumulé par le bébé depuis sa naissance

Le tout petit n’a pas beaucoup de moyens pour gérer son stress à part les pleurs. C’est son unique moyen d’auto régulation. Les larmes ne sont pas toujours composées de la même manière, elles servent à éliminer les toxines. Le sommeil, lui, est une roue de secours. Le tout petit peut déjà avoir accumulé du stress. Il ne faut pas sous estimer la période prénatale, les stress vécus antérieurement par la mère. Les bébés pleurent in utero. C’est un vrai besoin physiologique. Ce qui a été stocké pendant les neuf premiers mois met du temps à s’évacuer.
Avant d’arriver dans un mode d’accueil, un tout petit a un réservoir déjà bien plein. Il est confronté à des facteurs de stress dus aux mode d’accueil (surstimulation, modification des repères, incohérence, séparations retrouvailles…) ou aux facteurs internes à la famille et aux étapes de développement : diversification alimentaire, culpabilité des parents, non respect du rythme, jalousie dans la fratrie, déménagement, VEO… Le tout petit a donc toujours une bonne raison de pleurer ! Il est indispensable de le consoler. Consoler c’est donner de l’attention, soulager, répondre à son besoin de de refuge, par un contact visuel, physique et verbal.

Les pleurs sont l’expression de la régulation du cycle stress-détente et du système d’attachement de l’enfant. Un tout petit ne peut avoir une vision positive du monde qu’à la seule condition de savoir que, quand il ne va pas bien, quelqu’un va venir l’aider. Il est essentiel de parler de tout ça avec les parents. Si on dit « chut chut » quand l’enfant pleure, ça ne marche pas ! Bien pleurer permet de se libérer de la souffrance, bien pleurer joue un rôle essentiel dans la qualité de l’établissement d’un attachement secure. Seuls 30% des pleurs ont une cause définie. « C’est très bien qu’une maman pleure pendant l’adaptation, ça lui permet de réguler son cycle stress-détente, de développer un lien d’attachement », assure Eric Binet pour lequel penser que les pleurs sont un langage est un contre sens. C’est originellement une idée de Rousseau mais il s’agit d’une vision adultomorphique. On donne au bébé une compétence qu’il n’a pas.

Sortir d’une adaptation standardisée

L’adaptation est un dispositif en plusieurs étapes, le plus souvent : des rencontres avec la famille à l’occasion de l’inscription, de la contractualisation, de la communication du projet d’accueil ou projet pédagogique. Eric Binet présente les tableaux d’adaptation progressive en général utilisé par les structures. Il n’y a rien à en dire de particulier, ni en bien ni en mal mais…« Je m’interrogeais sur ces enfants accueillis 11 mois sur 12 presque tous les jours et dont les parents partaient au terme des trois ans sans dire ni au revoir ni merci. Ils viennent comme ils sont partis, sans aucun investissement. Ils ont vécu ce temps comme un moment dissociatif. » Pour Eric Binet c’est peut être, en partie, parce que le parent voit le tableau, se dit qu’il doit suivre un modèle, qu’il n’a pas vraiment le choix. On pourrait proposer autre chose :
– Un projet réfléchi et organisé en équipe
– Un dispositif individualisé en étapes
– Une adaptation « adaptée » à chaque enfant
– La prise en compte du développement neuro-émotionnel
– Un cadre cohérent et continu
– Une disponibilité physique et psychique

Il faudrait, aussi, s’autoriser à prendre des notes.

Le psychologue cite des principes de base : équité, non jugement, tolérance. Le parent doit être reconnu comme le premier éducateur de l’enfant. Le professionnel, lui, doit être dans un engagement empathique. Allons nous, ou pas, amplifier l’état de stress du tout-petit, celui de ses parents ? Eric Binet énumère les trois phases pour l’adaptation : la préparation à la séparation (la familiarisation), la séparation, puis l’adaptation à la séparation. Il est important de penser en terme de continuité, pas en terme de rupture et il est indispensable de s’assurer que le parent est engagé dans le processus et qu’il ne suit pas simplement un mode d’emploi.

Permettre aux parents de découvrir le mode d’accueil, avant même l’adaptation

Pendant la première étape, celle de la familiarisation, les parents découvrent les spécificités des modes de garde. C’est beaucoup plus qu’une visite ou un temps de démarches administratives. C’est aussi un temps pour les professionnels, pour qu’ils découvrent les spécificités de cette famille et de l’enfant. Eric Binet propose de faire de cette phase un réel temps d’observation, comme une pré adaptation. Le jeudi ou vendredi qui précède l’adaptation, les parents viennent 15 minutes pour voir ce qu’est la vie dans une salle de bébés. Les professionnels ne sont pas là pour eux. Les parents, avec ou sans leur enfant, observent, c’est tout. Ce n’est pas une visite, ni un temps d’échange ou de démarches administratives. Il s’agit juste d’une observation sans autre exigence ou demande, un temps de découverte pour réaliser de l’intérieur ce qu’est un temps d’accueil.
Cette proposition suscite des réactions. « Il me semble que la présence de l’enfant avec le parent peur être perturbante » note une EJE. « Oui, ça va susciter du remue ménage, répond Eric Binet. Il y a un côté incertain quant à savoir sur quoi ça va déboucher. »

Il enchaîne avec les grands principes sur la durée de l’adaptation. Ces principes ne répondent pas à LA question: “comment s’enclenche la première séparation?” Or, « c’est ça la vraie question ».
Voici quelques petits tuyaux à destination des parents pour diminuer l’anxiété de l’enfant et la leur :
– Créer un tendre rituel de départ
– Créer un rituel de reconnexion
– Etre consistant et constant
– Dire au revoir
– demander à l’enfant de leur faire visiter les lieux
– Parler du déroulement de la journée avec les professionnels
– Donner une petite photo de soi
– Jouer à la maison à « comme si j’étais à la crèche »

« L’enjeu pour moi, c’est que ce premier temps de séparation ne soit pas initié par les professionnels, précise l’intervenant. Idéalement il faudrait laisser aux parents de décider du moment où eux se sentent prêts de laisser leur enfant. On ne peut pas les déresponsabiliser sur ce plan là. Sinon à chaque fois, le parent attendra un signal, il restera en mode zombie, sans engagement affectif. »

Faciliter l’adaptation avec “la ligne du temps et le cycle de la vie”

Pour désamorcer à temps la problématique de la séparation, Eric Binet suggère d’avoir recours à un nouveau procédé, « la ligne du temps et le cycle de la vie ». Il s’agit d’une psychothérapie récente qui permet de travailler sur les mémoires traumatiques. Elle consiste en la constitution, de façon très factuelle, âge par âge, des souvenirs, anodins ou pas, qui jalonnent la vie d’un individu, depuis sa naissance. Chaque souvenir est lié à un âge. Il est possible de faire la même chose avec un bébé. La construction et la répétition de la Ligne du Temps va permettre un travail de connexion entre différentes temporalités chez les parents et le tout-petit. Ces répétitions permettent de développer une intégration neuronale, les réseaux neuronaux des souvenirs se connectant de plus en plus aux autres.

La co-construction du récit autobiographique entre les parents et le tout petit avec un professionnel donne un contenant à travers l’espace et le temps. Les éléments notés peuvent concerner le développement psychomoteur, des lieux de vie, des rencontres, des voyages. Il est préférable de demander aux parents de remplir cette ligne de vie (il existe des documents avec notice explicative). Pendant le moment de la lecture, on s’adresse au tout-petit. On ajoute à chaque jour d’adaptation un nouveau souvenir. Il est essentiel que les adultes sentent à quel point ce moment où l’on parle de son passé au bébé est important pour lui. La lecture ne peut pas être mécanique. Il n’est pas impossible que pendant la lecture, le bébé pleure. Il va falloir déterminer un temps dans l’adaptation où l’on va s’adresser individuellement au tout petit. Le but est aussi de créer une relation privilégiée dans la triangulation tout petit/parents/professionnels, d’inscrire la temporalité et l’espace dans l’histoire du tout petit et les représentations des parents, de renforcer un sentiment de continuité. Pour Eric Binet, « on ne peut plus associer séparation et rupture du lien ». Il existe une possibilité que la ligne du temps devienne « ma petite histoire ».

Il le rappelle, le risque présenté par des temps standardisés est celui de la retraumatisation (que le bébé revive des traumatismes liés à l’accouchement par exemple). Il lui semble primordial de déterminer avec les parents qu’ils sont les experts de leur responsabilité de parents. « Ils savent quand il seront prêts à se séparer, martèle-t-il. Ils savent quand leur enfant sera prêt à se séparer. Les parents et les enfants sont trop dans la passivité, l’assujettissement, dans la recherche d’approbation. »
Il invite également à regarder le parent avant de regarder le bébé. « On croit que plus le parent se met à distance du professionnel et plus le professionnel pourra se rapprocher de l’enfant. C’est faux. Vous devez vous identifier au bébé et aux parents, arriver à vous identifier à ce que vit l’enfant et ce que vivent les parents. »

Comment évaluer l’adaptation ? Quand le tout-petit perçoit la séparation comme une continuité et non comme une rupture, quand il peut profiter de ce qui lui est proposé avec les autres, on peut considérer que le tout petit s’est adapté au mode de garde. Pour Eric Binet, « ne pas être stressé est le meilleur moyen de favoriser l’établissement d’un lien secure ». Il propose de faire appel à la « cohérence cardiaque » qui permet de faire chuter mécaniquement le niveau de stress. Il s’agit de trouver un rythme de respiration qui entre en résonance avec le rythme cardiaque. Pour en savoir plus, le psychologue renvoie à une appli gratuite, Respirelax.
En conclusion, il reconnaît qu’il est toujours difficile de faire coïncider nos convictions avec la réalité du terrain. Les pistes ne sont que des repères pour aller plus loin, pour donner du sens à l’action, mais ces repères doivent être compris, intériorisés. Cela nécessite de prendre du temps, de s’adapter à de nouvelles façons de concevoir le tout petit, de s’approprier de nouvelles pratiques. Et il est inutile de se mettre la pression ou de culpabiliser.

Le sommeil du tout petit et son rythme si particulier

L’après-midi c’est Anne Vachez Gatecel, psychomotricienne et psychologue clinicienne, Directrice de l’Institut de formation en psychomotricité de la Pitié-Salpêtrière, qui reprend le flambeau en axant sa présentation sur les rythmes et l’organisation de l’espace et du temps.
« In utero le bébé a son propre rythme, commence-t-elle. Ensuite il le garde. Ca demande une disponibilité de tout moment, ça peut mettre certaines mères en difficulté : « Quand va-t-il faire ses nuits car j’ai besoin de dormir ? » » Or, le petit a son rythme physiologique, il ne faut pas le presser. Il est capable de trouver au bout de quelques mois un rythme équivalent au nôtre. Autrefois, on avait des techniques bien particulières pour qu’il fasse ses nuits : on bourrait les biberons de farine. Ce n’était évidemment pas très indiqué… Il faut supporter qu’il nous réveille plusieurs fois dans la nuit. Il faut entre 3 et 6 mois pour que le bébé adopte le rythme de la mère.

Le sommeil du tout petit est organisé de manière bien spécifique. Le nouveau né dort entre 16 et 20 heures par jour. C’est pendant ce moment de sommeil qu’est sécrétée l’hormone de croissance. A 3 mois le bébé dort 15 h par jour et fait 3 à 4 siestes pendant la journée, à 6 mois il début l’alternance du jour et de la nuit, à 1 an il dort 14h par jour, fait de longues nuits et de grandes siestes. A trois ans il dort 12h par 24 heures et jusqu’à 4 ans il fera de grandes siestes. De 4 à 6 ans il peut avoir besoin de faire des siestes le week-ed et pendant les vacances.
Dans la salle, une question fuse : « Certains parents nous disent que leur enfant ne doit pas trop dormir la journée car sinon il ne dort pas la nuit ». Anne Vachez-Gatecel répond: « Ca donne des fins de journée catastrophique. J’impose les siestes. Il faut rester sur ces fondamentaux. C’est nécessaire d’un point de vue neurophysiologique et psychique. Il n’y a aucun intérêt à ce qu’un enfant de 3 ans soit couché à 19h30. Il peut se coucher à 21h, il aura vu sa famille. »

Elle enchaîne. Le sommeil est constitué de petits trains. Chaque train constitue un cycle et et un cycle a plusieurs phases. De la naissance à 2 mois : des trains courts se succèdent de façon rapide. Lors de la première phase, agitée, il bouge, grimace puis vient ensuite le sommeil calme. Au bout de 50 minutes, survient le sommeil intermédiaire : soit l’enfant se rendort soit il se réveille.
De 2 à 6-9 mois les trains sont plus longs (70 mn). Le sommeil agité devient le sommeil paradoxal. Tout le monde rêve. Le sommeil paradoxal laisse la place au sommeil lent puis au sommeil lent profond. Lors du sommeil agité le tout petit fait des mouvements, l’activité cérébrale est intense.

L’intérêt du doudou pour l’endormissement

Quel accompagnement pour le sommeil ? L’enfant a besoin de sommeil pour grandir, pour apprendre, pour vivre en société avec les autres. Son espace pour dormir doit être repérable, désigné par l’adulte. Ce lieu doit être calme, pas trop lumineux, avec peu de stimulation. L’endormissement : quand un parent n’est pas tranquille avec cette question, ce sera compliqué pour l’enfant. Parfois les parents sont ambivalents, le bébé le sent. Le moment du sommeil peut être redouté du côté de l’adulte et de l’enfant.
Ce qui peut nous aider : le doudou. Il sert de transition entre la vie intrapsychique (le bébé est en union totale avec sa mère) et le monde extérieur. L’enfant choisit spontanément dans son environnement un objet dans lequel il va se projeter. Avec cet objet il a toujours l’illusion d’être réuni avec sa mère. C’est ce qui va lui permettre de supporter le fait d’en être séparé. Tous les enfants ont un objet transitionnel. Mais, attention, ce n’est pas forcément un objet. Ce n’est pas parce qu’on met une peluche dans le berceau que l’enfant la choisit comme doudou. A deux mois et demi l’enfant est mis hors de la sphère maternelle, or Winnicott dit que c’est à 8 mois que l’enfant choisit cet objet transitionnel. Il faut que la mère parle cet objet. Elle le présente à l’enfant et lui explique ce que c’est, à quoi ça sert. On le raconte, on le présentifie.
« Avec les enfants de 3 ans et plus je fais ce travail de réintroduire un objet transitionnel, explique la psychologue. Ca leur permet de s’endormir tranquillement parce qu’ils ne sont plus seuls. »

Certaines mères disent :« C’est dégoûtant, il le traîne partout ». Oui mais on ne le lave pas, prévient Anne Gatecel. Sinon il peut se produire une « discontinuité de la relation ». Ce doudou doit beaucoup voyager puisque c’est un double de l’enfant. Le doudou accompagne l’enfant partout. C’est toujours le même doudou. Il doit être inséparable.
Dans la salle, une participante remarque : « Mais mes trois enfants n’ont pas eu de doudou, il a fallu en apporter un à l’école car c’était obligé ! » « Certains enfants n’en ont pas besoin, reconnaît l’intervenante. Parfois c’est un objet pas forcément matériel. »
Une EJE demande :« J’ai une question sur la tétine. On est censés essayer de faire en sorte qu’il s’en passe. J’ai l’impression qu’elle fait office de doudou. Alors que faire, on la laisse ? » « Certains enfants ont besoin de beaucoup de succion, répond Anne Gatecel. On leur laisse la tétine. C’est mieux de laisser le doudou en libre-service. L’enfant est capable de s’en séparer. »
Quelqu’un insiste : «C’est difficile de ne pas le laver en collectivité étant donné les règles d’hygiène ». « Oui mais… non !» Pour Anne Gatecel, ça ne se discute pas.

Concernant l’endormissement, il faut bien observer les petits signes qui montrent que le bébé a sommeil. L’enfant plus grand ne peut pas passer brutalement d’une phase d’activité au sommeil.

Débat autour du couchage de l’enfant et du partage de la chambre parentale

Et attention, pas d’écran avant de s’endormir, rien qui excite son cerveau. Il faut une phase de calme, que l’enfant soit dans sa chambre. “Je suis contre le co-sleeping, lâche Anne Gatecel. Dès la maternité il dort dans sa chambre ». Nous faisons remarquer que le couchage dans la chambre des parents (dans un lit séparé) est souvent recommandé pour prévenir la mort inattendue du nourrisson jusqu’aux six mois de l’enfant (nous avions dit un an au moment du colloque, c’est bien six mois dans les recommandations canadiennes et américaines). Anne Gatecel estime que ce ne sera pas facile pour l’enfant d’apprendre ensuite à dormir en autonomie (ndlr : il faudrait consulter les données scientifiques pour voir si des études ont été réalisées sur le sujet). Elle évoque un « très bel article » de Winicott, « la capacité d’être seul ». « C’est la capacité à dire « je » ». Pour la psychologue, la chambre est une chambre de vie, un lieu habité où l’enfant joue. Ce ne doit pas être le lieu de la punition. Un travail peut être effectué pour que l’enfant aille jouer tout seul dans sa chambre petit à petit. C’est essentiel pour aborder les apprentissages. « Certains enfants en dépendance totale n’ont pas acquis cette capacité d’être seuls », assure-t-elle. Ndlr : certes. Mais la capacité à rester seul s’acquiert-elle dans les sic premiers mois de la vie ?
Dans la salle une assistante maternelle prend la parole : « J’ai un agrément pour 4 enfants. Les bébés sont couchés dans une pièce à part toujours fermée. A un an, souvent, ils commencent à pleurer. Je dois laisser la porte ouverte ? J’ai l’impression qu’ils revivent une séparation. »
« Oui, laissez la porte ouverte », conseille la psychologue.

Les pleurs du bébé ou le retour des querelles théoriques

« Il ne faut pas accourir dès les premiers pleurs. Faisons lui d’abord confiance. Ensuite oui, on vient pour le consoler. Sinon le bébé comprend très bien. Il sent que les parents accourent. Il sent lorsqu’il fait des cauchemars, les parents accourent. Il comprend très bien. Oui il fait peut-être des cauchemars, laissez le se rendormir. Je préconise aux parents d se mettre tous les deux d’accord sur le fait que, cette nuit, aucun des deux ne va craquer. Il faut expliquer à l’enfant qu’on ne viendra pas. Petit à petit il se calme. Il faut être droit dans ses bottes. » Dans la salle, les participants s’agitent, pas forcément d’accord. « Mais à partir de quel âge on le laisse pleurer ? » « A Un an et demi ».
« A un an et demi il est capable de gérer ses émotions tout seul ? » « Oui ». «Mais les neurosciences disent autre chose : que l’enfant n’est pas en capacité de gérer seul ses angoisses», conteste une autre professionnelle. Anne Gatecel assure que ça fonctionne, que l’enfant cesse de pleurer. «Il démissionne, il se résigne », répond quelqu’un dans le public. « Nous avons entendu ce matin que les pleurs traduisent un stress», reprend une autre personne. Parfois on ne peut pas empêcher les querelles théoriques de remonter à la surface. Peut-être est-ce finalement intéressant pour les professionnels de s’y confronter et d’être amenés à choisir les modèles qui leur semblent les plus probants et les plus étayés.

Cauchemars et terreurs nocturnes

L’intervenante aborde ensuite la question des cauchemars qui apparaissent vers 6-8 mois. « C’est important d’être très présent. Quand c’est répétitif, toutes les nuits, il faut se poser la question. Il s’agit souvent soit de parents en difficulté pour se séparer, soit d’enfants qui ont compris que le temps pas eu dans la journée, ils pouvaient le récupérer dans la nuit. C’est normal, c’est humain. Il y a des mots qu’on n’emploie plus. La frustration, la castration. A un moment il faut savoir dire non. Les parents sont dans un épuisement moral et psychique. Comment on le vit à l’intérieur de soi ? Si on se sent maltraité, ça ne peut pas marcher. » Sentant que là encore ses propos peuvent venir contredire des lectures ou formations récentes, Anne Gatecel lâche « Vous avez tous vos croyances. Je travaille comme ça, ça fonctionne très bien
Néanmoins, elle reconnaît que face à un enfant qui cauchemarde, on le prend dans les bras, on le laisse pas laisse seul, on l’apaise. « A 3 ans, quand il a le langage, on l’invite à raconter son cauchemar, à le faire sortir de lui. » Il faut les rendre acteurs.
Qu’est ce qu’une terreur nocturne ? Un enfant qui hurle mais ne se réveille pas. Il ne peut pas raconter car il n’aura aucun souvenir. Il a une difficulté pour accéder à la représentation.
Question de la salle: « une terreur nocturne est-ce dû à un événement particulier ? »
Réponse : « C’est possible mais pas obligatoire. » « Mon fils a eu des terreurs nocturnes pendant plus d’un an, raconte une participante. Ca met mal à l’aise l’adulte. Le lendemain il n’avait aucun souvenir, je n’avais aucune prise. » « Il n’y a que dans un travail psychologique avec le jeu qu’on peut évaluer ce qu’il en est », explique l’intervenante.

La sieste en EAJE

Elle poursuit sur la question des rythmes. Petit ou gros dormeur ? Chaque enfant a sa propre horloge biologique. Certains enfants ont besoin de se coucher tôt et se lever tôt, et vice-versa. Le matin, certains enfants ont vraiment besoin de temps pour se réveiller. Il faut dire aux parents : « observez le, laissez lui le temps ». Ca ne sert à rien de s’énerver. S’il faut se lever un quart d’heure plus tôt, les parents doivent faire cet effort. Ce n’est pas toujours facile mais si c’est pour la qualité relationnelle du lien, c’est mieux.
En ce qui concerne l’endormissement en EAJE, Anne Gatecel avait mis en place dans une structure une sieste à la carte. Pour les plus grands elle préconise des matelas au sol. L’enfant va dormir quand il en a besoin et se réveille quand il en a envie. Il faut des professionnels dans le dortoir et en dehors du dortoir. Pour les petits : très vite on repère les signes de ceux qui sont plus fatigués, qui ont besoin d’être nourris en premier. C’est une gageure quand il faut nourrir plusieurs bébés en même temps. Il n’y a pas de remède miracle. « Dans la crèche collective où je travaillais, les auxiliaires s’occupaient des enfants les uns après les autres ». La question est bien : « Comment différencier les temps et les espaces pour que chacun y trouve son compte ? »

Le repas dans la crèche: oser expérimenter

Le rythme des repas : il est important que ce rythme soit respecté. Il faut repérer ceux qui ont besoin d’être nourris et proposer une activité aux autres afin de ne pas laisser un bébé seul face à sa frustration. Ces tout petits n’ont pas les moyens psychiques d’attendre. Dans un espace où ils peuvent jouer et explorer ils éprouvent moins le sentiment de la faim.
Les « moyens » sont assis sur un arrière fond (une chaise cube) car les enfants ont besoin d’être « tenus ». Quand il ont bien trouvé leur appui postural, ils sont davantage capables d’utiliser leurs doigts. On peut leur proposer de se servir, d’expérimenter, d’utiliser toute l’activité bi manuelle (qui plus tard leur permettra d’écrire). Ce sont des moments d’exploration et d’acquisition intéressants.
« Je ne suis pas pour le forçage », précise Anne Gatecel. Elle évoque une situation qui l’a fait « réfléchir ». Celle d’une petite fille avec des troubles alimentaires assez graves. « J’ai essayé d’imaginer comment sortir de cette impasse. On a instauré des plateaux repas. Ce qui a suscité de grandes discussions avec le personnel. Les enfants ont expérimenté les premiers jours, ont compris que la vinaigrette sur la pomme ce n’était pas forcément très bon et ensuite ils ont goûté de tout, se sont servis des quantités qu’ils voulaient. Ils sont devenus totalement acteurs. La petite fille a repris le goût de manger. Ca été bénéfique pour l’ensemble. Et en plus une expérience motrice extraordinaire. On réfléchit à partir d’expériences singulières. »
Dans la salle une professionnelle rebondit : « Il faut sortir de ses schèmes personnels ».

Aménager les espaces, scander le temps

Anne Gatecel poursuit : « A chacun son tempo dans les acquisitions ». L’enfant doit passer du retourné aux quatre pattes, d’accord, mais certains ne font pas de quatre pattes, avancent sur les fesses. Dans certaines cultures on n’est pas au sol. En revanche, prévient-elle, il faut être sensible aux enfants en difficulté. Avoir les signes d’alerte dans la tête.
Elle conseille de toujours aménager un espace où l’enfant peut faire toutes ses expériences. Dans quel sens il les fait et à quel moment, peu importe. « Je ne suis pas trop pour les espaces très remplis. Sinon l’enfant est très vite saturé. Mieux vaut des espaces ouverts. J’aime bien mélanger les âges. Très vite les plus grands se soucient des plus petits.»
Important également : une place pour chacun. Il faut donner des repères. Un casier pour chaque enfant, un porte-manteau. Anne Gatecel prône une alternance des temps, des moments où les enfants vont jouer dans l’espace et des moments où on se retrouve tous pour raconter une histoire, chanter une comptine. C’est une façon de scander la journée et d’être dans un récit narratif. Tout au long de la journée, il y a des repères temporels. La temporalité est une histoire qui se déroule dans le temps. Le regroupement est un temps de partage, être soi parmi les autres, s’intéresser à la même chose tous ensemble. C’est ce qui leur sera proposé à l’école. Il est conseillé de nommer l’absence comme la présence des adultes et des enfants. Leur proposer de se raconter pour solliciter le langage chez l’enfant. La crèche est un lieu où on se raconte, où on vit, où on peut raconter des histoires.
Elle raconte que la crèche où elle a exercé était tout en verre. Les auxiliaires voyaient les parents défiler dehors, sortir du travail et ne pas venir tout de suite. Ce qu’elles avaient du mal à comprendre. Le parent vient quand il est disponible pour s’occuper de son enfant. C’est mieux. Les parents ont leur vie à eux, ça se respecte. « Je voyais beaucoup d’enfants qui faisaient vivre des temps de retrouvailles compliqués. L’enfant n’était pas pressé de rentrer chez lui. Ce n’était pas toujours très bien vécu. Moi je m’installais plutôt, dans le hall, je prenais plaisir à voir mes enfants me montrer ce qu’ils avaient vécu dans la journée. C’était montrer de l’intérêt à mon enfant. C’est dommage de nous mettre dans cette pression « vous venez le chercher, vous repartez ». » Elle le répète : “pour le retour à la maison dites aux parents « prenez votre temps, ne soyez pas dans la course »”

Concernant l’aménagement de l’espace, l’intervenante préconise de petites structures mobiles avec escaliers et toboggans. Mais aussi des coins cocooning, des espaces où le matériel est à disposition, des lits avec contenant ou des matelas au sol pour les plus grands. « Aménager des panneaux verticaux, c’est très intéressant aussi ». Elle suggère d’avoir le matériel à disposition, notamment les livres. Les apports de la psychomotricité incitent à stimuler certaines parties du corps pas investies par l’enfant. On peut aider l’enfant à trouver la position assise en libérant sa main. Mais « on n’assoit pas un enfant, jamais ! »

Le prochain colloque de Zoeki sera consacré à l’éveil de l’enfant par le jeu, la musique et le livre.