Soutenir la parentalité contre les inégalités sociales de santé, tout un programme. La Société Française de Santé Publique a déjà consacré un séminaire à cette thématique en septembre 2016, axé sur la définition des concepts et des enjeux. Une deuxième journée organisée le 19 janvier dernier au Ministère de la Santé a permis de se focaliser sur les actions avec cet intitulé : « accompagnement à la parentalité, comment agir dans une perspective de réduction-non aggravation des inégalités de santé ? »

« L’enfance est marquée par les inégalités sociales, pose en introduction Pierre Lombrail, membre du bureau de la SFSP. On compte sur les personnes, sur le milieu, sur des programmes qui ont plus ou moins fait preuve de leur efficacité. Les programmes ne résoudront jamais toutes les difficultés. Notre challenge, c’est faire remonter les expériences sur lesquelles on peut se baser. » Le ton est donné. Il ne s’agira pas ici de se référer à la notion d’evidence-based ni de plaider pour des programmes standardisés.

Prévention précoce et inégalités sociales au cœur de la stratégie nationale de santé

Le docteur Zinna Bessa, Sous directrice « Santé des populations et prévention des maladies chroniques» à la Direction Générale de la Santé, prend ensuite la parole. « L’action se fait aux racines des inégalités, c’est là que ça se passe. La lutte contre les inégalités sociales de santé et pour la place des usagers dans les systèmes de santé sont dans l’actualité de nos politiques interministérielles portées par la stratégie nationale de santé. Tous les ministères ont été sollicités. Une concertation a eu lieu pendant tout le mois de novembre. Un axe spécifique est dédié à la population des enfants et des jeunes. » Pourquoi ? Parce que « les inégalités de santé apparaissent très tôt, elles sont installées avant l’âge de 6 ans. » « Dès la période périnatale, poursuit Zinna Bessa, les inégalités sociales sont présentes notamment pour les femmes jeunes, seules, ou arrivées récemment sur le territoire. »

Elle pointe que l’enfance correspond à une période de fragilités mais aussi et avant tout d’opportunités. L’action précoce peut avoir des effets positifs si les parents prennent confiance dans leurs compétences. Les interventions précoces vont être cruciales. Depuis plus d’un an, un comité d’animation des actions de PMI se réunit. Il s’agit d’une instance de construction commune pour capitaliser les idées qui viennent du terrain. Une « instance de boite à outils » en quelque sorte. Il s’agit bien de faire remonter les actions innovantes et probantes. « Les politiques se construisent à partir des expériences de terrain ». Ces propos liminaires appellent au moins deux questions. Comment savoir si des actions de terrain sont « probantes » quand la culture de l’évaluation n’est pas très ancrée dans les pratiques ? Partir des expériences de terrain signitifie-t-il laisser de côté les données de la recherche ? (…)