Cette immersion ethnographique au Cambodge publiée dans la revue Child Abuse and Neglect met en exergue la puissance des freins culturels dans la prévention de la violence contre les enfants. Pour l’auteur, il serait stérile d’imposer des changements de pratique par la seule loi, sans s’appuyer sur les croyances et ressorts religieux.

Au Cambodge, plus de la moitié des enfants sont victimes d’abus physiques, émotionnels ou sexuels. L’auteur de cet article paru dans Child Abuse and Neglect, Maurice Eisnbruch, du département de psychiatrie de l’université de Monash en Australie, analyse la façon dont les Cambodgiens perçoivent les causes et les effets des abus sur enfants et les forces culturelles sur lesquelles s’appuyer pour les prévenir. Psychiatre transculturel, maîtrisant la langue khmer, il est parti d’un cadre conceptuel utilisé pour mettre en évidence le contexte culturel dans les violences contre les femmes.

La plupart des personnes interrogées par le chercheur donnent des explications aux violences physiques ou sexuelles infligées aux enfants qui renvoient à des représentations très culturelles : l’enfant a dès le départ un capital altéré en raison de ses actes dans une vie antérieure, une vulnérabilité astrologique aux abus, il existe un lien préétabli entre l’enfant et l’agresseur (ils sont «destinés» à se rencontrer). L’auteur des faits a une envie sexuelle qui le conduit sur « le chemin de la ruine», il est victime d’« un aveuglement moral » qui revient à le rendre non responsable de ses actes. On retrouve ces explications dans les violences faites aux femmes avec une spécificité supplémentaire : les coupables de viols ou d’incestes sont accusés d’être des «tiracchana », figue animale qu’on retrouve dans l’univers bouddhiste et qui étymologiquement signifie « qui avance horizontalement, insecte du bas », soit une bête sauvage habitant les enfers ou le monde souterrain. (…)