Les programmes standardisés de soutien parental qui ciblent les troubles du comportement de l’enfant présentent un niveau de preuve plutôt élevé. Mais on en sait finalement peu sur les mécanismes qui accroissent ou modèrent leur efficacité. Ces deux méta-analyses apportent un éclairage intéressant en posant notamment la question suivante : est-il vraiment judicieux de travailler à la fois sur une amélioration de la sensibilité parentale et sur les techniques de gestion du comportement de l’enfant ? Ces considérations peuvent apparaître comme très éloignées des préoccupations françaises où le soutien parental poursuit des objectifs très vagues à travers des dispositifs peu évalués (mais peut-être la stratégie nationale de soutien à la parentalité annoncée à la fin du mois proposera-t-elle de changer tout ça). Elles sont pourtant essentielles puisqu’elles questionnent en creux les mécanismes qui sous-tendent les liens entre les pratiques parentales d’un côté et le développement de l’enfant de l’autre.

De nombreux programmes de soutien parental qui visent à réduire les comportements « disruptifs » des enfants (agressivité, désobéissance ou opposition systématiques) reposent sur la théorie du « couple en or » : ils promeuvent à la fois l’amélioration de la relation parents-enfants (en misant notamment sur une augmentation de la chaleur et de la sensibilité maternelles) et une meilleure gestion du comportement de l’enfant à travers la discipline positive (renforcer les comportements attendus, féliciter, utiliser un système de récompenses, recourir aux temps de pause, éviter les châtiments corporels ou une discipline « dure.»…). Les troubles du comportement de l’enfant sont en effet considérés comme résultant en partie d’un trouble de la relation parent-enfant et d’une discipline inadaptée. Ces programmes sont aujourd’hui très étudiés, avec de nombreuses données sur leurs résultats mais on en sait peu en revanche sur les effets respectifs des différentes compétences enseignées aux parents. Est-ce le renforcement de la sensibilité parentale aux besoins de l’enfant qui explique ces bons résultats ? Ce renforcement vient-il augmenter l’efficacité des techniques strictement comportementales en matière de discipline suggérées aux parents ? Il n’y a pas de consensus sur ce sujet. Certains auteurs pensent que la piètre qualité des relations parent-enfant et les pratiques coercitives se développent simultanément et ont des effets conjoints, d’autres que c’est le premier phénomène qui induit le second ou vice-versa. En tous cas, quid de l’intérêt d’approches intégratives qui ciblent à la fois la qualité des relations et les techniques éducatives des parents ? (…)