Nous vous livrons ici les résultats d’une très instructive étude dont l’objectif était d’examiner jusqu’à quel point les pères peuvent être encouragés à s’investir auprès de leur bébé et d’évaluer les effets de cet investissement sur le développement de l’enfant. L’expérience a été menée au Vietnam par une équipe canadienne qui s’est appuyée sur une analogie sportive : inciter les pères à se comporter avec leur conjointe comme si tous deux appartenaient à la même équipe de…badminton. Certainement quelques uns des enseignements de cette recherche peuvent-ils constituer des pistes de réflexion inspirantes pour les acteurs français engagés dans l’accompagnement à la parentalité.

C’est une antienne du travail social, de la périnatalité et des actions de soutien parental : comment atteindre les pères, les impliquer, les faire participer, les rendre acteurs ? Dans cet article bientôt publié dans le Journal de l’Association américaine de psychologie, auquel nous avons eu accès, des chercheurs de l’Université canadienne de Brock détaillent l’intervention intensive menée auprès de pères vietnamiens dans les quelques mois qui précèdent et suivent la naissance de l’enfant.
Pourquoi cette équipe a-t-elle souhaité conduire ce travail ? Les recherches sur le développement de l’enfant portent en majorité sur les interactions mère-enfant. Un nombre croissant d’études sont désormais consacrées aux effets directs et indirects des interactions paternelles sur le développement de l’enfant. Mais les évaluations concernant l’investissement paternel demeurent rares, notamment dans les pays du sud. Les pères vietnamiens jouent traditionnellement un rôle lorsque les enfants sont solarisés ou sont adolescents. Les normes changent, là-bas aussi. Les pères ne sont plus seulement censés nourrir leur famille, on attend d’eux qu’ils s’investissent dans les soins aux jeunes enfants. Ces évolutions sont récentes et trop peu de pères ont accès l’information ou l’expérience qui leur permettraient de mieux interagir avec leur enfant. De plus malgré une remarquable croissance économique, le taux de mal nutrition infantile reste élevé et le taux d’allaitement exclusif très faible. Les premières interventions centrées sur les pères au Vietnam ont donc essentiellement consisté en un soutien à l’allaitement maternel.(…)