Accueillir des enfants en souffrance, parfois violents voire très violents, c’est le quotidien des assistants familiaux. Une mission de plus en plus complexe, comme le raconte Sabine Carme, porte-parole d’un syndicat professionnel, qui livre un témoignage poignant et effarant.

Lui donner la parole c’est comme voir céder la dernière digue : les flots se déversent, trop longtemps contenus, ininterrompus. Sabine Carme, porte-parole du syndicat des assistants familiaux (SAF), bientôt en fin de carrière, a décidé de parler. De ces enfants cassés, de plus en plus tôt, de plus en plus fort, par la vie et le système, de ces parents totalement dépassés, des injonctions incohérentes venues d’en haut. Elle vit et donc exerce dans le Tarn. Mais peu importe le département, la problématique est nationale. Cela fait vingt ans qu’elle accueille chez elle des enfants bénéficiaires d’une mesure de protection de l’Aide Sociale à l’enfance. Pour elle, quelque chose de profond a changé. Et en tant que porte parole de ce récent syndicat, elle a le devoir de le dire.

«Il y a vingt ans, nous faisions de l’accueil dit social,  nous accompagnions des enfants dont les parents étaient abîmés, toxicomanes, violents. Etc… Mais qui semblaient présenter un semblant d’intérêt pour les enfants. Et puis il y avait les grands-parents. Les enfants parvenaient à s’insérer dans une famille d’accueil, ils faisaient des études, réussissait leur vie, entretenait le lien…Aujourd’hui, on a beaucoup plus d’enfants « incasables » (on les a renommés « situations complexes »), très violents, de façon précoce, incapables de s’attacher, et beaucoup plus de parents adulescents, plus du tout en capacité de donner des repères de sécurité, d’attachement, de jeux, d’altérité et surtout plus capables de pouvoir un jour vraiment les récupérer ».