S’il est un domaine où l’attachement semble une approche particulièrement opérationnelle c’est bien la protection de l’enfance. La deuxième journée du colloque « Innover et agir en prévention pour construire le lien d’attachement » organisé à Bordeaux les 3 et 4 octobre 2019 par l’Institut de la Parentalité a donc été consacrée et cette articulation.

Retrouvez les neuf propositions issues de ces deux journées de colloque.

Retrouvez l’intégralité de notre compte-rendu, découpé en quarte articles (dont celui-ci, en gras ci-dessous):
Première partie du colloque: focus sur la santé mentale périnatale
Deuxième partie du colloque: la construction des liens
Troisième partie du colloque: la théorie de l’attachement depuis la fenêtre de la protection de l’enfance
Quatrième partie du colloque: Des interventions de prévention et de protection construites autour de l’attachement

Cette deuxième journée (après un focus sur la périnatalité et une explicitation de la théorie de l’attachement) permet d’abord de revenir sur la notion de langage commun. Car pour Anne Raynaud, directrice de l’Institut de la Parentalité, la théorie de l’attachement nous amène « une vision de la psychopathologie structurée ». « C’est un socle qui peut nous ouvrir à du langage commun. Ce n’est pas exclusif. Ce n’est pas parce qu’on ne parle pas de l’intra psychique qu’on l’oublie. Les deux sont reliés. Les professionnels de la petite enfance se sentent fatigués, épuisés. Ils ont le souhait de trouver des manières de faire autrement, pour compléter ce qu’on a pu faire ».
La première table-ronde de cette deuxième journée permet de s’immerger dans la problématique de la protection de l’enfance.

« Il y a une urgence sur le terrain, pose Anne Raynaud. Les enfants placés vont présenter un problème de santé mentale 2 à 3 fois plus élevés. » Autre question : « Comment accompagner les parents biologiques des enfants placés ? » « Les professionnels évoquent le souhait de rentrer dans des actions concrètes de prise en charge. Longtemps on a fait comme on a pu. Aujourd’hui d’autres visions s’ouvrent à nous, d’autres explications. On est tous responsables de la chaîne de sécurité vertueuse ». Emmanuelle Ajon, vice présidente du département de Gironde (qui s’apprête à signer une convention avec l’Institut de la Parentalité) rappelle qu’avec le schéma départemental de la protection de l’enfance, « l’ambition est de continuer à adapter les modes de prise en charge et d’intervenir précocement ».

Marie-Paule Martin Blachais, « Les Besoins fondamentaux en Protection de l’Enfance : Un nouveau paradigme pour les institutions, les professionnels, les familles ? »

Marie-Paule Martin Blachais, Directrice scientifique et pédagogique de l’Ecole de Protection de l’Enfance et Directrice et Rapporteur de « La démarche de consensus sur les Besoins Fondamentaux de l’enfant en Protection de l’Enfance », 2017, a été invitée à présenter cette démarche et le rapport qui en a découlé. Elle commence par un bref rappel historique.
En France, la politique publique en protection de l’enfance date de la fin du 19è siècle, avec le retrait de la puissance paternelle, décision très radicale, une substitution par la puissance publique. Avec le décret de 1935, pour la première fois un travailleur social intervient au domicile. C’est l’idée qu’il y a peut-être une éducabilité des parents possible avec une transmission des savoirs, un savoir faire, un savoir être. C’est le début de l’assistance éducative. En 1958 on procède à une répartition des tâches entre autorité administrative et autorité judiciaire. « Après ces années, on observe un grand vide en matière de politiques publiques de protection de l’enfance. Des rapports sont publiés pour alerter sur les enfants qui restent en institution, sur le fait qu’on perd de vue famille et fratrie.» (…)