La journée du réseau UNAF-UDAF organisée le 9 février dernier dans les locaux parisiens de l’UNAF a permis d’analyser l’action familiale à travers un prisme instructif et novateur : celui des réseaux d’entraide. Chercheurs, institutionnels et intervenants de terrain ont rappelé chacun à leur façon à quel point l’entraide, si proche de la solidarité et si éloignée de la charité, constituait une piste prometteuse pour repenser de nombreux paradigmes, dont ceux qui sous-tendent l’action sociale ou la protection de l’enfance.

Pour amorcer cette journée dédiée à l’entraide comme moteur de l’action familiale, Mylène Armando, administratrice du département droit de la famille, parentalité, enfance à l’UNAF, pose que « l’accompagnement des familles suscite la réflexion ». « Faut-il agir pour elles, avec elles, les laisser agir, leur redonner le pouvoir d’agir ? Il est quelques fois plus difficile d’imaginer le « comment »:  comment donner une place différente ? » Laisser agir les familles, dans un cadre solidaire, est inscrit dans l’histoire des associations familiales, et même dans la dernière convention d’objectifs de l’UNAF, précise Mylène Armando. Il est important de croiser les apports théoriques et les actions de terrain. C’est d’ailleurs tout l’objet des échanges du jour.

L’histoire oubliée de l’associationnisme

Jean-Louis Laville, Professeur au CNAM, chercheur au Lise et à l’IFRIS propose pour sa part une passionnante approche historique quant à la place de l’entraide dans l’économie sociale et solidaire (ESS), « remise au goût du jour avec la loi de 2014, sans que son contenu soit forcément si stabilisé ».
Il livre en fait l’histoire d’une éclipse, invitant à redécouvrir une mémoire dont on a été privé, celle de l’ESS. A partir de la deuxième moitié du 19ème siècle l’histoire est dominée par deux approches, l’approche libérale et l’approche marxiste. « Les deux nous ont envoyé le même message, explique le chercheur : la première partie du 19ème siècle n’aurait vu naître que des utopies confuses, angéliques, sympathiques et naïves. Et au milieu du 19ème enfin est arrivé quelque chose de sérieux. Ce sont les histoires qu’on nous a racontées. Elles masquent l’histoire réelle. On a oublié le rôle joué par l’entraide dans ce qui a été la première manifestation de l’action collective : l’associationnisme (…)